En 1986, Falco publie Coming Home (Jeanny Part 2, Ein Jahr Danach), la suite directe du tube contesté Jeanny sorti un an plus tôt. Ce maxi 45 tours allemand, pressé chez Teldec sous la référence 6.20670 AE, associe la version longue du morceau-titre (7:43) à « Crime Time » en face B. Composé et produit par Rob et Ferdi Bolland, il referme la trilogie ouverte par « Jeanny » sur un ton plus apaisé, en donnant enfin la parole à l'héroïne du récit.
Le single grimpe à la première place des charts allemands, où il reste seize semaines consécutives. Un exploit qui masque pourtant un essoufflement progressif de l'intérêt du public pour ce feuilleton pop entamé dans la controverse, un an plus tôt, en pleine gloire de « Rock Me Amadeus ».
Pourquoi « Jeanny » avait-il déclenché un tel scandale ?
Tout part de l'album Falco 3, sorti le 15 octobre 1985, premier fruit de la collaboration entre Falco et le duo néerlandais Rob et Ferdi Bolland. Ce disque deviendra un immense succès international, certifié platine en Autriche, au Canada et en Allemagne, et or aux États-Unis, porté par le triomphe planétaire de « Rock Me Amadeus ». Troisième single extrait de l'album, « Jeanny » se présente comme une power ballade racontée du point de vue d'un homme obsédé par une jeune fille disparue. Les paroles n'énoncent jamais explicitement ce qui lui arrive, mais elles laissent planer l'idée que le narrateur pourrait être responsable de sa disparition, voire de sa mort.
Le producteur avait pourtant présenté le projet comme une chanson de sensibilisation en soutien aux femmes. Cela n'a pas empêché la polémique : dès janvier 1986, onze grandes radios allemandes retirent le titre de leur antenne, le jugeant vulgaire et offensant, tandis qu'il est purement interdit de diffusion en Allemagne de l'Est et accompagné d'un avertissement en Hesse. Les demandes d'interdiction totale seront finalement rejetées en avril 1986. Malgré ce tumulte, « Jeanny » atteint la première place en Autriche, en Allemagne de l'Ouest, en Suisse, en Norvège et aux Pays-Bas, et s'écoule à 450 000 exemplaires avant même que la controverse n'éclate vraiment.
Comment est né le projet d'une suite ?
Falco avait laissé entendre, dans plusieurs interviews de l'époque, qu'une suite à « Jeanny » verrait le jour. Le titre de travail était alors « Jeanny Lebt » (« Jeanny est vivante »), avant de se fixer sur « Coming Home (Ein Jahr Später) ». L'idée : renverser le point de vue narratif en laissant Jeanny elle-même raconter son retour, un an après les faits. Falco décrivait cette suite comme une continuation « façon bande dessinée » du premier épisode, une manière de refermer le récit sans jamais trancher vraiment ce qui s'était réellement passé.
Sur ce maxi, les couplets restent chantés en allemand tandis que le refrain bascule en anglais, une construction bilingue caractéristique du savoir-faire pop des frères Bolland, déjà à l'œuvre sur « Jeanny » comme sur « Rock Me Amadeus ». Le single sort le 23 octobre 1986, en deuxième extrait de l'album Emotional, quatrième album studio de Falco et deuxième collaboration avec les producteurs néerlandais.
Que raconte cette suite, et parvient-elle à apaiser la polémique ?
« Coming Home » adopte un ton nettement plus nostalgique et réconciliateur que « Jeanny ». Jeanny y raconte son propre retour, laissant entendre qu'elle est bel et bien vivante et qu'elle rentre chez elle après une année d'absence. Le procédé désamorce en partie le malaise du premier volet, sans toutefois revenir sur l'ambiguïté qui avait fait tout le sel, et le scandale, de l'original.
L'accueil critique reste toutefois mitigé. Le magazine allemand Tempo salue le refrain accrocheur du titre, tandis qu'une partie de la presse généraliste continue de dépeindre Falco comme une sorte d'« Anthony Perkins du hit-parade », en référence au rôle glaçant de l'acteur dans Psychose. Le public, de son côté, se montre nettement plus tiède : l'intérêt pour ce feuilleton s'émousse sensiblement, la nouveauté du concept ayant fait long feu un an après le choc du premier épisode.
Quel accueil commercial pour Coming Home en 1986 ?
Sur le plan des ventes, le morceau reste pourtant un succès solide. Il occupe la première place des charts allemands pendant seize semaines, ce qui en fait le dernier numéro 1 de Falco en Allemagne. En Autriche, son pays natal, il se contente d'une quatrième place plus modeste, et atteint la troisième place en Suisse. L'album Emotional qui l'accueille culmine lui aussi en tête des classements autrichien et allemand, et obtient une certification Or en Autriche pour 25 000 unités vendues, avant de se classer 26e au bilan annuel autrichien de 1986.
Cette réussite commerciale masque cependant un tournant : Emotional marque le début du déclin progressif de Falco sur le marché allemand, après le sommet atteint avec Falco 3 et « Rock Me Amadeus ». La pochette de l'album, elle, rend hommage au décor du célèbre comeback télévisé d'Elvis Presley en 1968, signe que Falco cultivait déjà, à l'époque, un goût affirmé pour les références et les mises en scène pop.
Pourquoi ce maxi reste-t-il un objet à part dans la discographie de Falco ?
Ce pressage allemand de 1986 condense à lui seul l'un des épisodes les plus singuliers de la pop des années 80 : une chanson jugée dérangeante, censurée sur plusieurs radios, suivie un an plus tard d'une suite pensée pour apaiser les esprits sans jamais vraiment clore le mystère. La version longue de « Coming Home », à 7:43, permet d'apprécier pleinement la construction bilingue du morceau, tandis que « Crime Time » en face B complète ce document sonore d'une époque où un simple 45 tours pouvait mobiliser onze rédactions radiophoniques.
Aujourd'hui, avec le recul, et sachant que Falco lui-même mourra tragiquement dans un accident de voiture en République dominicaine en 1998, ce diptyque Jeanny/Coming Home prend une résonance particulière. Il rappelle à quel point l'artiste autrichien aimait brouiller la frontière entre fiction pop et fait divers, quitte à s'attirer les foudres d'une partie de son public. Ce maxi reste un témoin précieux de cette controverse, aujourd'hui largement oubliée mais qui avait fait la une de la presse musicale germanique pendant plusieurs mois.
Pour les collectionneurs de Falco ou pour qui s'intéresse aux polémiques musicales des années 80, ce pressing Teldec a toute sa place dans une discothèque, aux côtés des autres jalons de la trilogie.





