Hermes House Band - I Will Survive - CD Single - Scorpio Music 1998

En 1998, quatre ans après avoir déjà conquis les Pays-Bas et la Belgique, la Hermes House Band relance en Allemagne puis en France sa reprise dansante de I Will Survive, single pressé chez Scorpio Music et distribué par Polygram. Ce groupe néerlandais, fondé en 1982 à Rotterdam par des membres d'une corporation étudiante, transforme l'hymne disco de Gloria Gaynor (1978) en tube de fête qui envahit terrasses, mariages et stades. Cette édition CD précise a ceci de particulier qu'elle embarque en piste bonus l'hymne des joueurs du Stade Français, sacrés champions de France de rugby en 1998 — un doublé de mémoire sportive française rarement réuni sur un seul et même disque.

D'où vient la chanson que la Hermes House Band a reprise ?

« I Will Survive » naît en 1978 dans des circonstances presque accidentelles. Écrite par Freddie Perren et Dino Fekaris, elle est d'abord reléguée en face B du single « Substitute » de Gloria Gaynor, la maison de disques jugeant que ce titre ne mérite pas la vedette. Les musiciens de studio n'ont eu que 35 minutes pour l'enregistrer, contre l'essentiel de la séance consacrée à la face A. Ce sont les DJ de clubs new-yorkais, à commencer par Richie Kaczor du Studio 54, qui imposent le titre sur les pistes de danse jusqu'à contraindre le label à en faire la vraie face A.

L'enregistrement lui-même tient de l'improvisation : dans ce temps compté, le guitariste Bob « Boogie » Bowles construit l'essentiel de l'accompagnement à l'oreille, sans connaître à l'avance la mélodie exacte. Gloria Gaynor, de son côté, chante en portant un corset orthopédique après une chute sur scène, ce qui la pousse à s'identifier pleinement au texte de résilience qu'elle interprète. Le clip promotionnel, tourné en 1979 à la discothèque Xenon de New York, met en scène une patineuse à roulettes, Sheila Reid-Pender, glissant sur la piste pendant que Gaynor chante.

Le résultat dépasse toutes les attentes : trois semaines à la première place du Billboard Hot 100 américain au printemps 1979, numéro un également au Royaume-Uni et en Irlande, plus de 15 millions d'exemplaires vendus dans le monde, et un Grammy Award de la meilleure interprétation disco en 1980 — la seule année où cette catégorie a existé. Le titre entre au Grammy Hall of Fame en 2012, et VH1 le classe numéro un de son palmarès des 100 plus grandes chansons dansantes en 2000. En 2016, la Bibliothèque du Congrès américaine a jugé l'enregistrement original « culturellement, historiquement ou esthétiquement significatif » et l'a inscrit au National Recording Registry. Le titre reste depuis l'un des hymnes disco les plus repris au monde, adopté aussi bien comme chant d'émancipation post-rupture que comme symbole de la culture gay.

Comment une reprise néerlandaise est-elle devenue un tube européen ?

La Hermes House Band ne part pas de rien : le groupe existe depuis 1982 et multiplie les tournées de fête populaire aux Pays-Bas avant de s'emparer, en 1994, du répertoire de Gloria Gaynor. Sa version, plus rapide et taillée pour l'ambiance de kermesse, cartonne immédiatement aux Pays-Bas et en Belgique — plus de 1,5 million d'exemplaires vendus au total, selon le bilan dressé par le groupe lui-même en 2018. L'anecdote veut que Gloria Gaynor, en entendant pour la première fois une foule reprendre cette version lors d'une fête d'entreprise néerlandaise, n'ait pas du tout apprécié l'exercice.

Le vrai basculement a lieu en 1998. La chanteuse Judith Ansems est sollicitée pour promouvoir le titre en Allemagne, où il redevient un hit. La même année, la reprise s'installe en tête des ventes en France, portée d'abord par le Stade Français Paris (d'où la piste bonus présente sur ce disque), puis récupérée comme chant officieux par l'équipe de France de football pendant la Coupe du monde 1998, jouée et remportée à domicile. Le fameux refrain scandé « la la la la la » par les Bleus tire en réalité son origine d'un remix de la Hermes House Band, avant que Gloria Gaynor elle-même n'intègre ce chant dans une version ultérieure de son titre original.

Que raconte le pressage Scorpio Music de 1998 ?

Le disque référencé ici porte le numéro de catalogue 192 390.2 / PY 901 et le code-barres 3259119239024, édité par Scorpio Music sous licence de Xplo Music et distribué par Polygram. Deux pistes seulement composent ce CD single : le « Radio F. Edit » de I Will Survive (4:14), et l'hymne des joueurs de rugby du Stade Français, calqué sur la même mélodie (3:50). C'est cette seconde piste qui fait toute la spécificité de l'objet : elle documente, sur un support physique daté, le moment précis où ce standard disco est devenu un chant de stade en France, avant même l'épopée des Bleus quelques mois plus tard la même année.

Pourquoi cette reprise a-t-elle une telle longévité ?

La Hermes House Band n'en est pas restée là : le groupe décroche un contrat local chez Polydor et enchaîne les reprises de fête, dont « Country Roads » — son plus grand succès britannique, septième place du UK Singles Chart fin 2001 — et « Que Sera Sera ». En 2002, l'association avec DJ Ötzi pour une reprise de « Live Is Life » atteint la deuxième place des ventes françaises. Mais c'est bien I Will Survive qui reste associé au groupe dans la mémoire collective française : en 2018, vingt ans après le premier sacre, la reprise est revenue en tête des classements français au moment où l'équipe de France remportait une seconde Coupe du monde. Peu de reprises peuvent se targuer d'avoir accompagné deux étoiles sur le même maillot.

Pour les amateurs de vinyles et CD de football et de culture populaire française, ce pressing de 1998 fonctionne comme une pièce à deux niveaux de lecture : un tube disco increvable d'un côté, un instantané très précis de l'été 1998 côté rugby de l'autre. C'est cette double couche — internationale et hexagonale, disco et sportive — qui rend la fiche I Will Survive de la Hermes House Band plus intéressante qu'un simple single de dancefloor parmi d'autres.

Voir si ce disque est disponible


Sources :

Laisser un commentaire

Tous les commentaires sont modérés avant d'être publiés