Sorti le 4 février 1977 sur Warner Bros. Records, In Flight est le second album studio de George Benson pour le label après le triomphe de Breezin' l'année précédente. Produit par Tommy LiPuma et enregistré aux Capitol Studios d'Hollywood, ce 33 tours gatefold ne compte que six morceaux, mais il a suffi à confirmer que Benson n'était plus seulement un guitariste de jazz virtuose : il venait de devenir une voix pop à part entière, certifiée disque de platine par la RIAA.
L'histoire de ce disque ne se comprend pas sans celle de son prédécesseur. Un an plus tôt, Breezin' avait fait de George Benson le premier artiste à placer un album simultanément numéro 1 des classements jazz, pop et R&B aux États-Unis, porté par le single "This Masquerade", sacré Record of the Year aux Grammy Awards de 1977. In Flight arrivait donc avec une pression énorme : réussir, dans la foulée immédiate, à ne pas décevoir un public devenu soudainement immense.
Qui était George Benson avant de devenir une vedette pop ?
Repéré très jeune par le guitariste Wes Montgomery, dont il restera durablement l'héritier stylistique, George Benson fait ses classes auprès de l'organiste Jack McDuff avant de mener ses propres formations dès le milieu des années 1960. Entre 1968 et 1974, il enregistre sous la houlette du producteur Creed Taylor, d'abord chez A&M puis chez CTI, où une série de six albums entre 1971 et 1975 — dont Bad Benson, numéro 1 des ventes jazz en 1974 — installe sa réputation auprès d'un public de connaisseurs, mais encore confidentiel.
Après quatorze albums qui n'avaient touché quasiment qu'un public jazz, c'est l'enregistrement de Breezin' les 6, 7 et 8 janvier 1976, sorti le 19 mars suivant sur Warner Bros., qui fait basculer sa carrière. In Flight arrive donc à peine onze mois plus tard, dans le sillage immédiat de ce succès inattendu pour un guitariste jusque-là cantonné aux bacs jazz.
Pourquoi cet album a-t-il suivi un tel monstre commercial ?
Plutôt que de reproduire la formule à l'identique, Tommy LiPuma et George Benson ont resserré le format : six titres seulement, contre huit sur Breezin'. On y retrouve la même équipe resserrée autour du guitariste-chanteur : Jorge Dalto au clavinet et au piano acoustique, Ronnie Foster au piano électrique et au Minimoog, Phil Upchurch à la guitare rythmique et à la basse, Harvey Mason à la batterie, Ralph MacDonald aux percussions, et les arrangements orchestraux signés Claus Ogerman, déjà responsable de l'habillage cordes de Breezin'.
Le résultat assume pleinement l'héritage du disque précédent tout en cherchant à l'élargir. In Flight mise sur des reprises choisies avec soin plutôt que sur des compositions originales, une stratégie qui avait déjà fait le succès commercial de l'album précédent.
Quels titres ont marqué ce pressage de 1977 ?
La tracklist s'ouvre sur "Nature Boy", standard popularisé par Nat King Cole en 1948, que Benson réinvente en mettant en avant son chant scat autant que sa guitare. Suivent "The Wind and I", "The World Is a Ghetto" — reprise du War de 1972, éditée en version disco 12" en single promotionnel — puis "Gonna Love You More", "Valdez in the Country" et "Everything Must Change" de Benard Ighner, ce dernier titre ayant également connu une édition 45 tours.
Deux singles issus de In Flight ont circulé en radio en 1977 : "The World Is a Ghetto" et "Nature Boy", tandis que "Everything Must Change" et "Gonna Love You More" ont aussi bénéficié d'éditions promotionnelles. Le passage par Capitol Studios, avec Al Schmitt à la prise de son et au mixage — déjà artisan du son de Breezin' — et un mastering signé Doug Sax au Mastering Lab de Los Angeles, explique en partie la réputation sonore de ce pressage original américain, recherché aujourd'hui par les collectionneurs pour la qualité de sa gravure.
En quoi ce disque diffère-t-il de Breezin' ?
Là où Breezin' restait un disque à dominante instrumentale, où le chant de Benson n'apparaissait que sur "This Masquerade", In Flight renverse la proportion : le chant y occupe une place centrale sur la majorité des titres. Les critiques de l'époque ont noté ce basculement assumé vers le format chanson, porté par un guitariste déjà considéré comme l'un des plus grands de sa génération depuis ses débuts chez Prestige puis CTI dans les années 1960.
Le pochage gatefold (double pochette ouvrante) de l'édition 1977, avec sa photographie signée Antonin Kratochvil et Ken Veeder et sa direction artistique de Mike Doud, participe aussi de son identité d'objet : ces éditions gatefold d'origine sont moins courantes à retrouver en bon état que les rééditions simples sorties par la suite.
Que représente ce disque pour un collectionneur aujourd'hui ?
Certifié disque de platine aux États-Unis comme au Royaume-Uni, In Flight reste l'un des jalons de la période la plus commercialement faste de George Benson, entre Breezin' (1976) et Weekend in L.A. (1978). Il documente un moment précis : celui où un guitariste de jazz pur, formé dans le sillage de Wes Montgomery, est devenu malgré lui une vedette pop grand public, sans jamais renoncer à son identité de musicien.
Pour qui s'intéresse à la jonction entre jazz, soul et pop de la fin des années 1970, ce pressage original Warner Bros. en gatefold constitue une pièce de référence, à la fois pour son contenu musical et pour le témoignage qu'il donne d'une industrie du disque en pleine explosion commerciale du crossover.
La suite confirmera que cette trajectoire n'était pas un accident : deux ans plus tard, Weekend in L.A. (1978), enregistré en public au Roxy de Los Angeles, prolongera cette formule gagnante mêlant reprises choisies et présence scénique. Mais c'est bien In Flight qui, en 1977, a dû démontrer que le succès de Breezin' n'était pas un coup d'un soir — un pari tenu, disque de platine à l'appui des deux côtés de l'Atlantique.
Sources : Wikipedia — In Flight (George Benson album), Wikipedia — Breezin', RIAA (certifications).





