Sorti fin 1980 par le label K-tel — une maison connue jusque-là pour ses compilations vendues par petites annonces télévisées plutôt que pour du rock — The Best Of Bowie est le premier best-of jamais consacré à David Bowie. Ce 33 tours réunit seize titres puisés dans la décennie RCA de l'artiste, de « Space Oddity » à « Boys Keep Swinging », et grimpe jusqu'à la 3e place du UK Albums Chart en janvier 1981. Fait rare pour une compilation budget : Bowie n'a jamais eu son mot à dire sur sa sortie, ni sur les titres retenus, ni sur la pochette, ni même sur la date de parution.
L'histoire de ce disque tient presque entièrement dans son contrat de licence, à une époque charnière où Bowie, déjà brouillé avec son ancien label et son ancien manager, ne contrôlait plus vraiment l'exploitation de sa propre décennie 70. K-tel, spécialiste du disque bon marché diffusé par publicité, n'avait rien d'un label de prestige. Et pourtant, en s'associant à RCA — la maison qui détenait alors tout le catalogue Bowie des années 70 — l'entreprise a produit l'une des compilations les plus commercialement réussies de la carrière de l'artiste, à un moment où celui-ci n'était même pas sous contrat avec RCA au moment de sa conception éditoriale.
Comment un label de compilations TV a-t-il mis la main sur Bowie ?
L'accord a été négocié entre K-tel et Tony Defries, l'ancien manager de Bowie resté propriétaire de droits substantiels sur son catalogue RCA via MainMan, avec RCA Records comme intermédiaire contractuel. Bowie, qui avait rompu avec Defries dès 1975, n'a eu aucune influence sur le projet : ni sur le choix des titres, ni sur le visuel, ni sur le calendrier de sortie. The Best Of Bowie est donc un disque né d'un montage financier plus que d'une volonté artistique — ce qui ne l'a pas empêché de devenir, pour beaucoup de fans européens, leur toute première porte d'entrée dans l'œuvre de l'artiste.
Pourquoi Bowie ne pouvait-il pas s'y opposer ?
La réponse tient à un accord de séparation signé en 1975. En quittant la gestion de Defries cette année-là, Bowie avait accepté de lui laisser 50 % des royalties sur ses cinq premiers albums RCA jusqu'en septembre 1982 — soit précisément la période qui couvre la sortie de cette compilation. Tant que cet accord courait, Defries conservait un intérêt financier direct dans l'exploitation du catalogue, ce qui explique qu'un montage comme celui de K-tel ait pu voir le jour sans validation artistique de Bowie. Les tensions entre l'artiste et RCA sur la gestion de son catalogue et de ses royalties ne cesseront d'ailleurs de s'aggraver jusqu'à la rupture définitive du contrat en 1983, quand Bowie signera avec EMI America.
Pourquoi seize titres tenaient-ils sur un seul 33 tours ?
Faire rentrer seize chansons sur un simple LP imposait des coupes. K-tel a donc utilisé les rares éditions 7 pouces de « Fame » et « Golden Years », plus courtes que les versions album, et a fait retailler spécialement « Life on Mars? » et « Diamond Dogs » pour l'occasion — des montages qu'on ne retrouve sur aucune autre édition officielle. Le pressage proposé ici est une édition française, référencée au catalogue BLP 81.001 et déposée SACEM, avec sa pochette signée par le graphiste Edward Bell, déjà associé à l'imagerie du single « Fashion ».
Que cachait l'autocollant au dos de la pochette ?
Le détail le plus curieux du pressage original concerne son verso. Les premiers exemplaires portaient un autocollant listant les seize titres définitifs, collé par-dessus une liste imprimée différente. En le décollant, on découvrait que « Drive-In Saturday » (tiré d'Aladdin Sane, 1973) devait initialement figurer en piste 7, à la place de la version live de « Breaking Glass » — ce qui explique pourquoi ce dernier titre apparaît hors de l'ordre chronologique sur le disque final. Un vrai repentir d'éditeur, gravé dans le packaging lui-même.
Ce best-of a-t-il été bien accueilli à sa sortie ?
Commercialement, le succès a été immédiat : entré à la 13e place du UK Albums Chart début janvier 1981, The Best Of Bowie a grimpé jusqu'à la 3e position, où il est resté bloqué quatre semaines durant, coincé derrière « Double Fantasy » de John Lennon et « Kings of the Wild Frontier » d'Adam and the Ants. Sur le plan critique, l'accueil a toujours été plus tiède : la presse spécialisée a régulièrement pointé le choix des versions retravaillées plutôt que des masters originaux, un choix purement pratique de K-tel plutôt qu'artistique.
Pourquoi ce pressage reste-t-il recherché aujourd'hui ?
Parce qu'il concentre, sur un seul disque et dans une fenêtre de prix modeste à l'époque, l'essentiel de la période Ziggy Stardust à Berlin — Starman, Young Americans, Sound and Vision, "Heroes" — dans des versions qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Les collectionneurs qui recherchent spécifiquement l'édition française SACEM au catalogue BLP 81.001, avec sa pochette signée Edward Bell, s'intéressent moins à la rareté qu'à cette curiosité éditoriale : un « faux » best-of monté sans l'accord de l'artiste, devenu malgré lui un jalon commercial de sa discographie.
Entre son montage contractuel improbable, ses éditions inédites de « Fame » et « Golden Years », et son autocollant-mystère caché sous la pochette, The Best Of Bowie raconte, mieux qu'aucun autre disque, comment l'industrie du disque budget a su transformer un catalogue existant en succès commercial — sans jamais consulter l'artiste concerné. Un disque à posséder autant pour ce qu'il contient que pour l'histoire, assez rocambolesque, de sa fabrication — et pour cette pochette signée Edward Bell, devenue depuis l'une des images les plus reproduites de l'iconographie Bowie des années 80, bien au-delà du strict cercle des collectionneurs de vinyles K-tel.
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