Dalida - Les Enfants du Pirée - Vinyle 10 pouces Supraphon

Le disque "Dalida - Les Enfants du Pirée - Vinyle 10 Pouces - Supraphon" est un pressage 25 cm (10 pouces) fabriqué en Tchécoslovaquie, qui réunit Dalida et l'orchestre de Raymond Lefèvre sur huit titres du tout début des années 1960. La pièce maîtresse de ce disque, Les Enfants du Pirée, est l'adaptation française d'une musique oscarisée venue d'un film grec. Ce qui rend ce pressage particulièrement recherché aujourd'hui, ce n'est pas seulement la chanson elle-même, mais le fait qu'il ait été produit par Supraphon, le label d'État tchécoslovaque, en coproduction avec Barclay. Un tube populaire français fabriqué derrière le Rideau de fer, ça ne court pas les bacs. Et derrière cette curiosité géopolitique se cache une double histoire : celle d'une mélodie grecque devenue tube planétaire, et celle d'une chanteuse qui n'en était encore qu'au tout début de sa légende.

D'où vient vraiment "Les Enfants du Pirée" ?

Tout part d'un film grec de 1960, "Jamais le dimanche", réalisé par Jules Dassin et porté par Melina Mercouri. La musique du film, composée par Manos Hadjidakis, s'intitule à l'origine "Ta Pedia tou Pirea" ("Les enfants du Pirée" en grec). Elle raconte en musique la joie de vivre d'Ilya, une prostituée du port du Pirée qui refuse de se laisser abattre par son quotidien. Le film lui-même avait déjà marqué les esprits l'année précédente : Melina Mercouri y avait décroché le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1960, avant même que le film ne triomphe aux États-Unis et n'installe durablement sa musique dans la culture populaire occidentale.

Cette chanson a connu un destin extraordinaire pour l'époque : elle a décroché l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1961, une première pour un film non anglophone dans cette catégorie créée en 1934. Portée par ce succès critique, la mélodie a ensuite été adaptée dans des dizaines de langues, du grec original à l'anglais ("Never on Sunday"), en passant par l'allemand, l'italien, le yiddish, le polonais, le cantonais... et même le tchèque, ce qui n'est pas un détail anodin pour ce pressage précis.

Comment Dalida s'est-elle emparée du tube ?

En France, c'est Jacques Larue, déjà parolier de "Bambino" et "Ciao ciao bambina" pour Dalida, qui signe l'adaptation française. Le choix n'a rien d'un hasard : Larue connaît déjà la voix et le tempérament de la chanteuse depuis plusieurs succès, et il sait comment habiller une mélodie étrangère pour le public français sans en trahir l'esprit. Dalida enregistre Les Enfants du Pirée en 1960, en pleine ascension : elle sort cette année-là son septième album studio, premier de sa discographie des années 1960, avec l'orchestre de Raymond Lefèvre derrière elle sur plusieurs titres.

Le single grimpe en tête des ventes en France, aux côtés d'autres succès de la chanteuse comme "Romantica" et "T'aimer follement". Les quatre titres décrochent ensemble un Disque d'or en 1960. Dalida n'est alors qu'au tout début d'une carrière qui la fera reconnaître dans une dizaine de langues, et Les Enfants du Pirée fait clairement partie des chansons qui ont lancé cette trajectoire internationale. Quelques années plus tôt, elle n'était encore que l'ancienne Miss Égypte devenue chanteuse débutante à Paris ; en 1960, elle enchaîne déjà les tubes chez Barclay, avec Raymond Lefèvre comme chef d'orchestre attitré sur une bonne partie de son répertoire de variété.

Pourquoi un pressage tchécoslovaque de ce disque existe-t-il ?

Dans les années 1960, un tube de variété occidentale ne traversait pas si facilement le bloc de l'Est. La Tchécoslovaquie communiste possédait son propre label d'État, Supraphon, qui gérait de façon quasi monopolistique la production et la distribution de disques dans le pays. Que ce label ait choisi de coproduire une compilation de Dalida avec Barclay Disques, la maison française qui portait sa carrière, montre à quel point ce titre en particulier avait une résonance qui dépassait les frontières politiques du moment.

Ce n'est sans doute pas un hasard : la mélodie de Manos Hadjidakis existait déjà en version tchèque, preuve que le morceau avait une notoriété propre dans le pays, indépendamment de la version de Dalida. Ce pressage 25 cm, référencé SUF 23125 et fabriqué en Tchécoslovaquie, en devient un témoin très concret : la pochette illustrée du portrait de Dalida, signée du graphiste Josef Kalousek, a circulé dans les bacs d'un pays où la variété française restait un produit d'importation rare. Ce genre de coproduction Est-Ouest reste aujourd'hui un terrain de chasse apprécié des collectionneurs : la pochette est souvent redessinée localement, la référence catalogue change, et le disque devient un témoin matériel de la façon dont la pop occidentale s'infiltrait malgré tout de l'autre côté du Rideau de fer.

Que trouve-t-on exactement sur ce 25 cm ?

Le disque réunit huit titres chantés en français : outre Les Enfants du Pirée en ouverture, on y trouve "Aime-moi", "Pour garder", "S'endormir comme d'habitude", "Parlez-moi d'amour", "La Montagne", "Tu peux tout faire de moi" et "Le Bonheur". La présence de "Parlez-moi d'amour", standard de Jean Lenoir des années 1930 déjà repris par de nombreux interprètes avant Dalida, montre que ce disque ne mise pas uniquement sur le tube du moment : il propose un vrai panorama de son répertoire de variété de l'époque, entre foxtrot, tango-habanera, samba et boléro.

Le format lui-même raconte quelque chose de cette période charnière : le 25 cm (10 pouces) est resté courant en France jusqu'au début des années 1970 avant de devenir plus rare, à mesure que le 33 tours 30 cm s'imposait comme le format standard de l'album. Ce disque appartient donc à cette génération intermédiaire de microsillons, ni single ni album au sens où on l'entend aujourd'hui, pensée pour offrir un format court mais plus riche qu'un 45 tours.

Pourquoi cette chanson résonne-t-elle encore aujourd'hui ?

Derrière son décor de carte postale grecque, la chanson tresse en réalité trois thèmes : la mère, la mer et la Grèce, berceau de la démocratie. C'est une ode à la maternité qui prend une dimension particulière quand on sait que Dalida, qui chante son envie d'enfants dans ce titre, n'en aura jamais elle-même. Le morceau a d'ailleurs traversé les générations bien au-delà de son époque : le chanteur Dominique A en a proposé sa propre version des décennies plus tard, preuve que la mélodie de Hadjidakis continue de parler à des artistes qui n'ont pas connu le film original.

C'est cette double histoire, celle d'un Oscar grec devenu tube français, puis celle d'un pressage d'État tchécoslovaque qui a fait voyager Dalida derrière le Rideau de fer, qui rend ce disque aussi intéressant à posséder qu'à écouter.

Voir si ce disque est disponible

Années 1960DalidaLes enfants du piréeSupraphonVariété françaiseVinyle 25 cm

Laisser un commentaire

Tous les commentaires sont modérés avant d'être publiés