Love Machine est un maxi CD de six titres publié par Mélissa Mars en 2007 chez Polydor, extrait de son troisième album « À la recherche de l'amour perdu ». Coécrit par Pascal Obispo, Lilas Klif et l'interprète elle-même, ce titre marquait une tentative assumée de réinvention en dance-pop, un an seulement après le tube « 1980 » qui l'avait fait connaître du grand public. Le disque rassemble la version originale et cinq remixes signés par des producteurs de la scène électro française du milieu des années 2000.
Parmi eux, un certain Junior Caldera, alors quasi inconnu, à qui personne n'aurait prédit un avenir de hitmaker international. Voici l'histoire d'un single resté dans l'ombre de son époque, et du remixeur qui allait, lui, connaître le destin inverse.
Qui est Mélissa Mars avant « Love Machine » ?
Née Melissa Sefrani à Marseille, Mélissa Mars monte sur scène dès l'âge de treize ans au Chocolat théâtre de sa ville natale, avant de prendre des cours de chant deux ans plus tard. À seize ans, elle s'installe à Paris, où elle décroche un baccalauréat scientifique au lycée Louis-le-Grand tout en poursuivant ses ambitions artistiques.
Son premier album, « Et alors ! », sort en 2003 chez Polydor mais se classe seulement 104e des ventes en France, tandis que le single qui en est extrait, « Papa m'aime pas », plafonne à la 70e place. Un démarrage discret pour la jeune interprète, loin encore du tube qui la fera connaître du grand public.
Comment le duo avec Pascal Obispo a-t-il changé sa trajectoire ?
En 2005, elle enregistre le duo « Les Homéricains » avec Lara Fabian sur l'album « 9 » de cette dernière, une collaboration qui la fait connaître d'un public plus large, puis publie un second album, « La Reine des abeilles ». Mais c'est en 2006 que sa carrière bascule vraiment, quand Pascal Obispo l'invite à chanter en duo sur « 1980 », un titre qui grimpe jusqu'à la 5e place des ventes en France et à la 3e place en Belgique.
Le succès est immédiat et donne à Mélissa Mars une notoriété qu'elle n'avait jamais connue avec ses propres disques. Obispo reste dans son entourage artistique l'année suivante : il coécrit, avec l'autrice-compositrice Lilas Klif et Mélissa Mars elle-même, le titre Love Machine, pensé comme la suite logique de ce coup d'éclat, mais avec une orientation résolument dance, loin de la variété plus classique de « 1980 ».
Pourquoi ce titre a-t-il pris une direction aussi électro ?
« À la recherche de l'amour perdu », l'album dont est tiré ce single, sort en 2007 et se classe 93e des ventes en France, un résultat modeste comparé à l'écho qu'avait eu le duo avec Obispo l'année précédente. Le titre lui-même ne parvient pas à retrouver le chemin du sommet des classements.
Ce virage vers la dance n'est pourtant pas un accident isolé : au milieu des années 2000, plusieurs interprètes de variété française cherchent à se réinventer via des productions électro, portées par le succès grandissant des clubs et des radios dance. Mélissa Mars s'inscrit dans ce mouvement avec un titre pensé autant pour la radio que pour le dancefloor, quitte à dérouter une partie du public qui l'avait découverte l'année précédente dans un registre plus mélodique.
Que contient ce maxi CD de remixes ?
Le maxi CD Love Machine réunit six pistes : la version originale de 3 minutes 30, un remix signé Junior Caldera (5:37), un « Summer of Love remix » par Clarence en français (5:53) puis en anglais (5:54), un Junesex remix (3:28) et un Hooligans remix par Adam Kesher (4:58). Cette accumulation de versions, courante sur les maxis dance du milieu des années 2000, visait à multiplier les chances de diffusion en club comme en radio, chaque remixeur ciblant une ambiance différente pour toucher un public plus large.
Le choix des remixeurs n'était pas anodin : chacun appartenait à une scène électro-dance française alors en pleine effervescence, celle qui allait quelques années plus tard essaimer sur les radios européennes.
Qui est Junior Caldera, le remixeur devenu vedette ?
Derrière le pseudonyme Junior Caldera se cache Jérôme Dumas, un musicien parisien formé au conservatoire en saxophone, guitare et basse. Avant de devenir DJ, il travaille comme concepteur de décors dans plusieurs discothèques parisiennes, puis se tourne vers la musique électronique en 2002. L'année suivante, il remporte un concours de mixage qui lui permet d'assurer la première partie de David Guetta, encore loin de la stature internationale qu'il acquerra plus tard.
En 2007, quand il signe son remix de Love Machine, Junior Caldera n'est encore qu'un remixeur parmi d'autres sur la scène parisienne. Deux ans plus tard, il place ses propres singles dans les classements français : « Sleeping Satellite » (37e place, 2008), « The Way » (22e place) puis « What You Get » (14e place) en 2009, année où sort aussi son album « Debut ». En 2010, son duo avec Sophie Ellis-Bextor sur une reprise de « Can't Fight This Feeling » devient un véritable succès international, culminant à la 13e place en France, numéro un en Russie, et restant classé pendant dix-sept semaines consécutives dans le Top français.
Que reste-t-il de ce disque aujourd'hui ?
La suite de la carrière de Mélissa Mars ne passera d'ailleurs pas par la dance, mais par la scène : dès 2009, elle décroche le rôle d'Aloysia Weber dans la comédie musicale « Mozart, l'opéra rock », un spectacle disque de diamant qui se hisse à la 2e place des ventes d'albums en France et rassemble environ 1,5 million de spectateurs sur 346 représentations. Le pari dance-pop de 2007 n'aura donc pas été le tremplin espéré, mais il annonçait déjà la capacité de l'artiste à se réinventer d'un registre à l'autre.
Ce maxi CD reste aujourd'hui un instantané précis d'un moment de bascule pour deux carrières : celle d'une interprète en quête de sa place entre variété et dance, et celle d'un remixeur encore anonyme qui deviendra, lui, l'un des visages de la dance européenne du tournant des années 2010. Pour les collectionneurs, c'est aussi l'occasion de mettre la main sur six versions différentes d'un même titre, réunies sur un seul disque cartonné.





