Love Makes The World Go Round est un maxi CD de Don-E, publié en 1992 sur Fourth & Broadway, la filiale dance d'Island Records. Ce titre soul-dance a hissé son interprète, alors âgé de 19 ans, jusqu'à la 18e place du classement britannique des singles. Autodidacte, Don-E l'a écrit, composé et produit entièrement lui-même, un exploit rare pour un artiste qui signait alors son tout premier disque.
Derrière ce succès se cache une promesse d'enfant tenue à la lettre, un père pasteur qui offre une guitare fabriquée maison, et le début d'une carrière qui mènera son auteur jusqu'aux tournées de Grace Jones puis de Peter Gabriel. Voici comment un jeune homme de Brixton a fait de ce disque l'un des maxis soul les plus recherchés du début des années 1990.
Qui est Don-E, le prodige soul de Brixton ?
Don-E, de son vrai nom Donald McLean, est né et a grandi à Brixton, dans le sud de Londres. Son père, pasteur, lui offre une guitare fabriquée à la main pour son cinquième anniversaire, un cadeau qui nourrit très tôt son goût pour la gospel, la soul, le funk, le reggae, le jazz et la pop.
Adolescent passionné de hip-hop, il fréquente assidûment les clubs de la scène londonienne, alors en pleine effervescence, en portant les codes vestimentaires de cette culture. C'est dans ce terreau musical éclectique, mélange de gospel familial et de hip-hop de rue, qu'il développe très tôt les compétences de chanteur, de compositeur et de producteur qu'il mettra en pratique sur son premier single.
Cet attachement au hip-hop britannique ne le quittera jamais vraiment : plus tard dans sa carrière, Don-E collaborera avec des rappeurs londoniens comme Rodney P et Black Twang, preuve que la soul qu'il chante et le hip-hop qu'il écoute depuis l'adolescence n'ont jamais cessé de dialoguer dans son travail.
Comment une promesse d'enfance a-t-elle mené à ce tube ?
À 13 ans, Don-E croise le chanteur soul britannique Junior Giscombe, venu se produire dans son école primaire. Le jeune garçon, qui se présente alors sous le surnom de « Donny G », lui lance une phrase qui deviendra presque prophétique : il fait de la musique, et il compte bien le rattraper un jour.
Des années plus tard, une fois Love Makes The World Go Round installé dans le classement britannique, Don-E recroise Junior Giscombe et lui rappelle cette promesse d'enfant. L'anecdote résume bien la trajectoire de cet artiste, une détermination affichée très tôt et concrétisée dès son tout premier single.
Pourquoi ce single a-t-il marqué les débuts de Don-E chez Island Records ?
Signé chez Island Records à seulement 19 ans, Don-E ne se contente pas d'interpréter Love Makes The World Go Round : il écrit, compose et produit également l'essentiel de son album Unbreakable, sorti la même année. Il joue lui-même la majorité des instruments, une rareté pour un artiste aussi jeune fraîchement signé sur un label du groupe PolyGram.
Le guitariste Ronny Jordan, figure montante de l'acid jazz britannique à cette époque, apporte sa contribution sur deux titres de l'album. Porté par ce single, sorti le 9 mai 1992, le titre entre dans le Top 40 britannique et y reste six semaines, culminant à la 18e place, le meilleur score de toute la carrière solo de Don-E.
Que révèle le format Maxi CD sur la vie en club du titre ?
Le Maxi CD Love Makes The World Go Round rassemble trois versions du titre principal : un Radio Mix de 3:21, un Extended Club Mix de près de 7 minutes taillé pour les dancefloors, et un London Mix. Il est complété par Mystery, un second morceau lui aussi écrit et produit par Don-E, preuve que le jeune artiste maîtrisait déjà l'exercice du disque complet, pas seulement du tube isolé.
Cette déclinaison en formats multiples n'est pas un hasard. Elle porte la marque de Fourth & Broadway, la filiale qu'Island Records avait fondée à New York en 1984 pour ses productions orientées club et hip-hop, avant de la faire évoluer vers un rôle de vitrine dance au tournant des années 1990. Sous cette étiquette, le disque de Don-E a voyagé jusqu'aux États-Unis, en Allemagne, en Espagne et en France, porté par un travail de remix confié à plusieurs spécialistes de la scène club de l'époque.
Le nom de Keith Cohen apparaît au crédit de coproducteur, aux côtés d'une équipe de remixeurs, Dave Aron, Eric Anest et Steve Beltran, chargée d'adapter le titre aux exigences des dancefloors britanniques et américains. Le disque porte la référence de catalogue 74321 10145 2, un détail qui permet aujourd'hui aux collectionneurs de distinguer précisément ce pressing des nombreuses autres éditions parues la même année.
Qu'est devenu Don-E après ce coup d'éclat ?
La suite de la carrière de Don-E est celle d'un musicien de l'ombre recherché par de grands noms. Il collabore avec D'Angelo au sein du projet Azur, aux côtés de Stuart Zender, ancien bassiste de Jamiroquai. Il devient aussi claviériste régulier dans le groupe de Grace Jones pendant sa tournée Hurricane, puis rejoint la formation de Peter Gabriel pour la tournée de l'album i/o en 2023.
Entre-temps, il prête sa plume et sa production à des artistes comme Omar, Kele Le Roc ou les ex-Sugababes Keisha Buchanan et Mutya Buena, tout en poursuivant sa propre discographie solo, riche de neuf albums studio publiés entre 1992 et 2023. Cette régularité, rare chez un artiste soul indépendant, montre à quel point le garçon de Brixton qui promettait de rattraper Junior Giscombe a tenu parole bien au-delà de son unique tube.
Une trajectoire de plus de trente ans qui prend racine dans ce premier maxi soul-dance devenu culte auprès des amateurs de la scène club britannique du début des années 1990, et qui continue d'intriguer les collectionneurs pour la qualité de ses remixes autant que pour l'histoire personnelle qu'il raconte.
Aujourd'hui, retrouver un exemplaire de ce Maxi CD en bon état permet de replonger dans ce moment précis où la soul britannique et la culture club se rencontraient sur un même disque.





