Manic Monday est un maxi 45 tours des Bangles paru en 1986 chez CBS, qui reprend le grand tube du groupe californien sorti fin 1985. Le titre a été écrit et composé par Prince sous le pseudonyme « Christopher », un détail que peu d'acheteurs de l'époque connaissaient en posant le disque sur leur platine. Cette version longue, pensée pour les clubs, ajoute près d'une minute et demie à la version single diffusée à la radio.
L'histoire de ce titre est aussi celle d'une rencontre improbable entre un groupe de rock californien entièrement féminin et l'un des artistes les plus contrôlants de l'histoire de la pop. Prince a écrit cette chanson pour quelqu'un d'autre, l'a reprise, puis l'a laissée filer vers un succès qu'il a lui-même fini par bloquer. Tu comprendras vite pourquoi ce Manic Monday en maxi 45 tours raconte bien plus qu'une simple chanson d'été.
Comment Prince a-t-il découvert les Bangles ?
Tout commence par un clip de télévision. Prince tombe sur la vidéo de « Hero Takes a Fall », extraite du premier album des Bangles, All Over the Place, sorti en 1984. Il apprécie le groupe au point de se déplacer pour assister à l'un de leurs concerts à Los Angeles.
La batteuse Debbi Peterson racontera plus tard l'appel qui a suivi : Prince leur annonce qu'il aime beaucoup leur premier disque et qu'il a « deux ou trois chansons » pour elles. Un geste rare de la part d'un musicien réputé pour garder un contrôle total sur ses compositions, y compris celles qu'il distribue à d'autres artistes.
Le moment tombe bien pour les Bangles. Leur premier album n'a pas rencontré le succès commercial espéré malgré de bonnes critiques, et le groupe cherche encore la chanson capable de le faire connaître au-delà du circuit rock californien. L'intérêt spontané de l'un des artistes les plus courtisés du milieu des années 1980 change immédiatement la donne pour ces quatre musiciennes de Los Angeles.
Pourquoi cette chanson devait-elle revenir à un autre groupe ?
Manic Monday n'a pas été écrite pour les Bangles à l'origine. Prince la compose en 1984 sous le nom de Christopher, personnage qu'il incarnera deux ans plus tard dans son film Under the Cherry Moon, et l'enregistre en duo pour l'album d'Apollonia 6, le girl group qu'il a formé dans le sillage de Purple Rain. Cette version reste finalement dans les tiroirs et le titre n'est jamais publié par le trio, sans qu'une raison précise n'ait jamais été communiquée par Prince lui-même, coutumier de ce genre de décisions abruptes sur ses propres archives.
Deux ans plus tard, Prince offre la chanson aux Bangles plutôt que de la garder pour lui ou de la confier à un nouveau projet. Sa propre démo, très proche de la version finale du groupe, ne sortira officiellement qu'en 2019, sur l'album posthume Originals, qui réunit les versions originales de titres qu'il avait écrits puis cédés à d'autres artistes tout au long de sa carrière.
Comment Susanna Hoffs a-t-elle vécu l'enregistrement d'un titre signé Prince ?
Chanter un titre écrit par Prince n'a rien d'anodin, même sans le savoir immédiatement. Susanna Hoffs, chanteuse principale du groupe, se souvient de la pression ressentie en studio : elle savait qu'il s'agissait d'une chanson de Prince et abordait l'enregistrement avec une nervosité particulière, une sorte de trac amplifié par l'enjeu et par la crainte de décevoir un artiste aussi exigeant.
Plutôt que de reproduire fidèlement la démo, les Bangles retravaillent l'arrangement à leur image, portées par le producteur David Kahne. Le résultat surprend Prince lui-même : venu assister à une répétition après l'enregistrement, il se montre satisfait de leur interprétation, visiblement étonné qu'elles n'aient pas simplement recopié sa version. Ce Manic Monday devient alors une chanson des Bangles à part entière, avec Susanna Hoffs au chant et à la guitare, Vicki Peterson à la guitare solo, Michael Steele à la basse et Debbi Peterson à la batterie.
Pourquoi Manic Monday n'a-t-il jamais atteint la première place ?
Sorti le 23 décembre 1985 en single, Manic Monday entre dans le Billboard Hot 100 fin janvier 1986 à la 86e place. Il grimpe ensuite semaine après semaine jusqu'à atteindre la deuxième position le 19 avril 1986, sans jamais pouvoir déloger le numéro un de l'époque, « Kiss », signé par nul autre que Prince and the Revolution.
Ce face-à-face reste l'un des moments les plus savoureux de l'histoire des charts américains : le même homme occupe la première place et, de façon anonyme, contribue directement à la deuxième, la même semaine. Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis : Manic Monday atteint également la deuxième place au Royaume-Uni, au Canada, en Allemagne et en Irlande, et entre dans le top 5 en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Norvège et en Suisse. Le single obtient la certification or au Canada et au Royaume-Uni, un résultat que peu d'observateurs auraient prédit pour un groupe dont le premier album était passé presque inaperçu deux ans plus tôt.
Que contient ce maxi 45 tours pressé en 1986 ?
Ce format maxi, pressé aux Pays-Bas sous la référence catalogue CBSA 13.6796, propose trois titres. La version étendue de Manic Monday ouvre le disque avec 4 minutes 38, contre 3 minutes 03 pour la version single classique diffusée à la radio. Le disque se complète avec « In a Different Light », un autre titre extrait du même album, Different Light, sorti la même année.
Ce format long, pensé pour les DJ et les collections de danse des années 1980, se distingue nettement du 45 tours sept pouces plus commun à l'époque. Different Light restera l'album le plus marquant de la carrière des Bangles : il contient également « Walk Like an Egyptian », qui atteindra la première place du Billboard Hot 100 plus tard dans l'année, offrant enfin au groupe le numéro un qui lui avait échappé avec ce Manic Monday coincé derrière Prince.
La chanson a continué à vivre bien après 1986 : le musicien Billie Joe Armstrong, de Green Day, en a proposé une reprise en 2020, preuve de la place particulière qu'occupe ce titre dans la mémoire pop des années 1980, à mi-chemin entre deux artistes que tout semblait opposer.





