One Step Beyond... de Madness : l'album qui a lancé le ska 2 Tone en 1979

Sorti le 19 octobre 1979 sur le label britannique Stiff Records, One Step Beyond... est le tout premier album studio de Madness, groupe originaire de Camden, dans le nord de Londres. Porté par le morceau-titre — une reprise réinventée d'un instrumental de Prince Buster — et par des singles comme « My Girl » et « Night Boat To Cairo », l'album grimpe jusqu'à la 2e place du classement britannique des albums, où il reste plus d'un an. Sorti le même jour que le tout premier album des Specials, il contribue directement à populariser le mouvement 2 Tone au Royaume-Uni et impose d'emblée le « nutty sound » propre au groupe. L'exemplaire proposé ici est une réédition CD chez Virgin Records (référence catalogue CDOVD 133), fabriquée en Allemagne de l'Ouest, dans un état quasi neuf noté M/M.

Pourquoi cet album a-t-il changé la musique britannique en 1979 ?

Le 19 octobre 1979 marque une date charnière dans l'histoire de la pop britannique : ce jour-là sortent coup sur coup le premier album des Specials et celui de Madness. Les deux disques portent le mouvement 2 Tone, qui mêle ska jamaïcain, punk et pop dans une esthétique en noir et blanc popularisée par le label Two Tone Records, fondé par Jerry Dammers (des Specials, justement). Ce mouvement, né dans les Midlands anglais à la fin des années 1970, prône aussi un message d'unité raciale à contre-courant des tensions sociales de l'époque, les groupes mêlant souvent musiciens noirs et blancs sur scène.

Madness n'est pourtant pas signé chez Two Tone mais chez Stiff Records, maison de disques connue pour son sens de l'humour et son marketing décalé — un choix qui donne au groupe une identité plus pop et théâtrale que ses cousins du mouvement. One Step Beyond... installe ainsi Madness comme le versant le plus festif et accessible du revival ska de la fin des années 1970, aux côtés des Specials et de The Selecter.

D'où vient vraiment le morceau qui donne son titre à l'album ?

« One Step Beyond » n'est pas une composition originale de Madness : c'est la reprise d'un instrumental publié dès 1964 par le chanteur jamaïcain Prince Buster, en face B de son single « Al Capone ». Buster n'y scandait alors que le titre, à quelques reprises, sur un groove instrumental brut, sans les paroles ni les interventions parlées qui feront la signature de la version anglaise.

La version de Madness, elle, s'ouvre sur l'intervention parlée de Chas Smash annonçant « Don't watch that, watch this » — une phrase empruntée à un autre titre de Prince Buster, « Scorcher » — suivie du fameux « This is a heavy heavy monster sound », lui-même repris de « Monkey Spanner » de Dave and Ansell Collins. Selon le co-producteur Alan Winstanley, le morceau final assemble simplement deux fois le même instrumental original d'une minute dix, la seconde moitié étant traitée à l'harmonizer Eventide pour créer une variation sonore. Une reprise bricolée en studio, devenue contre toute attente l'hymne fondateur du groupe, comme le détaille la fiche consacrée à ce titre sur Wikipedia.

Quels autres titres ont fait le succès de l'album ?

Au-delà du morceau-titre, One Step Beyond... doit une bonne partie de son succès à « My Girl », deuxième single extrait de l'album le 21 décembre 1979, ballade amère écrite par le claviériste Mike Barson sur les tensions de sa relation de l'époque. Vient ensuite « Night Boat To Cairo », sorti en single le 21 mars 1980 et resté depuis l'un des morceaux les plus caractéristiques du répertoire scénique de Madness, souvent utilisé en ouverture ou en clôture de leurs concerts.

Le disque comprend aussi « The Prince », premier single du groupe sorti dès le 10 août 1979 en hommage à Prince Buster lui-même, ainsi que des titres plus facétieux comme « Tarzan's Nuts » ou « Chipmunks Are Go! », qui illustrent d'emblée l'humour omniprésent du groupe, surnommé les Nutty Boys. Cette alternance entre morceaux festifs et titres plus mélancoliques comme « Bed & Breakfast Man » donnera au groupe une palette bien plus large que la simple étiquette ska ne le laisse penser.

Pourquoi cette édition CD « Made in W. Germany » intéresse-t-elle les collectionneurs ?

Sur le pressage proposé ici, la mention « Manufactured in W. Germany » n'est pas un détail anodin. Les tout premiers pressages de CD en Europe sortent des usines de Polygram à Hanovre, en Allemagne de l'Ouest, ouvertes en 1982 puis reprises en coentreprise avec Philips et DuPont sous le nom PDO à partir de 1985 — l'un des plus gros sites de pressage de CD au monde durant les années 1980, capable de produire des dizaines de milliers de disques par jour.

Après la réunification allemande en 1990, la mention « West Germany » disparaît logiquement des pressages suivants : elle ne peut donc apparaître que sur des exemplaires antérieurs à cette date, comme le rappelle ce panorama des pressages CD ouest-allemands sur Keith Hirsch's CD Resource. Sur un catalogue comme celui d'Ultra Disc, ce genre de détail d'impression permet de situer un pressage dans le temps avec une précision que le visuel de la pochette seul ne donne pas toujours — un repère apprécié des collectionneurs en quête d'éditions antérieures aux rééditions remastérisées plus récentes.

Pourquoi ce disque reste-t-il une référence aujourd'hui ?

Plus de quarante ans après sa sortie, One Step Beyond... reste l'un des albums fondateurs du revival ska britannique, souvent cité comme le point de départ de la carrière de Madness — groupe qui comptera par la suite parmi les plus populaires du Royaume-Uni durant les années 1980, comme le rappelle la page consacrée à l'album sur Wikipedia. Posséder cette édition CD Virgin en état quasi neuf (M/M), c'est retrouver l'objet tel qu'il circulait avant les rééditions remastérisées ultérieures, à un moment où le groupe n'était encore qu'un espoir du ska londonien plutôt que l'institution pop qu'il deviendra.

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Sources :
Wikipedia — One Step Beyond... (album)
Wikipedia — One Step Beyond (song)
Keith Hirsch's CD Resource — West German CD Gallery

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