Mozart - Concertos pour violon n°3 & n°5 - Anne-Sophie Mutter, Herbert von Karajan - Deutsche Grammophon 1978

En février 1978, à la Philharmonie de Berlin, Deutsche Grammophon enregistre Concertos pour violon n°3 & n°5 de Mozart avec les Berliner Philharmoniker sous la direction d'Herbert von Karajan. La soliste s'appelle Anne-Sophie Mutter. Elle a quatorze ans. Ce 33 tours n'est pas qu'un simple disque de musique classique parmi d'autres : c'est l'acte de naissance discographique d'une des plus grandes violonistes du XXe siècle, et le point de départ d'une collaboration avec Karajan qui va s'étendre sur plus d'une décennie. Derrière la pochette sobre du label allemand se cache une histoire de découverte, de pari artistique et de reconnaissance immédiate, celle d'une adolescente qui refuse de jouer les enfants prodiges et impose d'emblée une musicalité d'adulte.

Qui est Anne-Sophie Mutter en 1978 ?

Anne-Sophie Mutter est née en 1963 à Rheinfelden, dans le Bade-Wurtemberg. Enfant, elle remporte à deux reprises le concours national « Jugend musiziert », la plus importante compétition allemande pour jeunes musiciens. Sa précocité est telle qu'elle est dispensée de scolarité classique pour se consacrer entièrement au violon. À treize ans, elle donne son premier récital public au festival de Lucerne, le 23 août 1976, où elle interprète des œuvres de Tartini, Bach, de Falla, Paganini et Sarasate. Dans le public ce soir-là se trouve un homme qui va changer le cours de sa carrière : Herbert von Karajan.

Comment Karajan a-t-il repéré la jeune violoniste ?

Karajan est immédiatement conquis par ce qu'il entend à Lucerne. Il invite Anne-Sophie Mutter à se produire au festival de Pâques de Salzbourg, puis, le 29 mai 1977, à faire ses débuts avec l'orchestre philharmonique de Berlin en interprétant le Concerto n°3 de Mozart. Un critique du quotidien Die Welt note alors qu'elle joue admirablement, et surtout pas du tout comme une enfant prodige. Karajan la programme ensuite pour un enregistrement en studio, un geste rare pour une musicienne aussi jeune. La séance a lieu en février 1978 à la Philharmonie de Berlin. Le résultat impressionne jusqu'aux musiciens de l'orchestre, qui applaudissent à la fin de la prise, une réaction inhabituelle de la part de professionnels blasés. Karajan lui-même se serait exclamé qu'il s'agissait là de la révélation du siècle. Des années plus tard, la violoniste expliquera que le chef d'orchestre excellait à savoir jusqu'où pousser un jeune musicien, en l'amenant sans cesse à la limite de ce qu'il pouvait comprendre et produire physiquement sur l'instant.

Que contiennent les Concertos n°3 et n°5 de Mozart ?

Les deux œuvres gravées sur ce 33 tours ont été composées par Mozart en 1775 à Salzbourg, alors qu'il n'a que dix-neuf ans. Le Concerto n°3 en sol majeur KV 216 est surnommé « concerto de Strasbourg » par Mozart lui-même, en référence à un air de danse populaire glissé dans le troisième mouvement, déjà utilisé par le compositeur Carl Ditters von Dittersdorf dans une de ses symphonies. Il reste par ailleurs unique dans le corpus des cinq concertos pour violon de Mozart : c'est le seul mouvement où des flûtes remplacent les hautbois habituels. Le Concerto n°5 en la majeur KV 219, surnommé concerto « turc », est le plus long des cinq et le plus audacieux. Son dernier mouvement bascule soudainement en la mineur pour une séquence évoquant la musique militaire ottomane, avec des basses jouées col legno (avec le bois de l'archet) et des effets rythmiques presque grotesques pour l'époque. C'est aussi le seul concerto de Mozart où l'entrée du soliste est précédée d'un interlude adagio, un procédé qu'il n'a jamais repris ailleurs.

Qui se cache derrière la prise de son ?

L'enregistrement porte la signature de deux producteurs, Hans Hirsch et Magdalene Padberg, avec Cord Garben à la supervision artistique et Günter Hermanns à la prise de son, une équipe technique rodée aux exigences de Karajan depuis de nombreuses années. La pochette originale est illustrée d'une photographie de Siegfried Lauterwasser, photographe attitré du chef d'orchestre, et le livret intérieur, rédigé par Ursula Klein, est publié en quatre langues, allemand, anglais, français et italien, signe du soin apporté par Deutsche Grammophon à une sortie dont le label mesure déjà l'importance.

Pourquoi cet enregistrement est-il devenu une référence ?

Publié la même année sous la référence 2531 049, l'album reçoit dès 1979 le Grand Prix International du Disque, l'une des distinctions les plus prestigieuses du disque classique. Le succès critique et commercial de ce premier enregistrement scelle durablement l'association entre Karajan et Mutter : les deux artistes vont ensuite graver ensemble les grands concertos pour violon de Beethoven, Brahms, Mendelssohn et Bruch, toujours chez Deutsche Grammophon, jusqu'à la mort du chef d'orchestre en juillet 1989. L'ensemble de ces séances sera rassemblé plus tard dans un coffret consacré à leur collaboration. Près de cinquante ans après cette première séance, la gravure de 1978 continue de faire autorité : Deutsche Grammophon l'a réintégrée en 2026 dans sa collection audiophile « Original Source », remasterisée à partir des bandes multipistes originales par les studios Emil Berliner. Ce traitement, habituellement réservé aux enregistrements considérés comme historiques, confirme le statut particulier de ce Concerto n°3 & n°5 dans la discographie mozartienne.

Que reste-t-il de cette collaboration aujourd'hui ?

Anne-Sophie Mutter n'a plus rien d'une enfant prodige depuis longtemps : elle est devenue l'une des violonistes les plus récompensées de sa génération, multipliant les distinctions internationales et poursuivant une carrière discographique très active près de cinquante ans après ses débuts avec Karajan. À son tour, elle a créé une fondation destinée à soutenir de jeunes musiciens, dans une démarche qui rappelle directement celle dont elle a bénéficié en 1976. Mais tout part de ce disque-là, de cette adolescente de quatorze ans face à l'un des chefs d'orchestre les plus exigeants du siècle, et d'un pari qui, contre toute attente pour une débutante, s'est révélé immensément gagnant dès la première écoute.

Qu'est-ce qui distingue ce pressage-ci ?

L'exemplaire proposé ici n'est pas cette réédition audiophile récente, mais bien le pressage d'origine de 1978, sorti en Allemagne de l'Ouest sous la référence catalogue 2531 049. C'est ce disque-là que les premiers auditeurs ont découvert à sa sortie, avant que Karajan et Mutter ne deviennent l'un des duos les plus célébrés de la musique classique enregistrée. Il se présente en état M/NM, c'est-à-dire quasi neuf tant pour le vinyle que pour la pochette, un niveau de conservation rare pour un disque classique de la fin des années 1970. Pour les collectionneurs qui recherchent le son d'époque plutôt qu'un remastering contemporain, ou simplement une pièce marquant les débuts discographiques d'Anne-Sophie Mutter, ce 33 tours reste une référence à posséder en version originale.

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Anne-sophie mutter, Années 1970, Deutsche grammophon, Herbert von karajan, Musique classique

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