Sorti en janvier 1990 sur le label WEA, I Wish It Would Rain Down est le deuxième single extrait de ...But Seriously, quatrième album solo de Phil Collins. Ce Maxi 45 tours immortalise une ballade qui doit une bonne partie de sa réputation au solo de guitare d'Eric Clapton, invité surprise sur ce titre écrit et produit par Collins lui-même avec Hugh Padgham. Le morceau grimpe jusqu'à la troisième place du Billboard Hot 100 aux États-Unis, à la septième place des charts britanniques, et trône six semaines d'affilée en tête du classement canadien RPM 100, devenant le single le plus vendu de l'année 1990 au Canada.
Derrière cette réussite commerciale se cache une histoire de studio racontée par Collins lui-même, un clip en noir et blanc à l'ambiance théâtrale, et une explication du titre aussi facétieuse que la chanson est mélancolique. Au moment de sa sortie, Collins n'est déjà plus seulement le batteur devenu chanteur de Genesis : il sort d'une décennie où il a enchaîné les numéros un en solo tout en menant de front sa carrière de groupe, et ...But Seriously doit confirmer qu'il peut tenir cette place sans se répéter.
Comment Eric Clapton a-t-il rejoint le titre ?
Collins écrit et produit I Wish It Would Rain Down comme ce qu'il a appelé, à l'époque, ce qu'il avait fait de plus proche d'une chanson blues. Pour l'habiller d'un solo à la hauteur, il pense directement à Eric Clapton, qu'il connaît depuis des années. Sa demande tient en une phrase, racontée depuis par Collins : « Eric, je ne t'ai jamais demandé de jouer sur un de mes morceaux, non ? Allez, j'ai un titre qui est exactement fait pour toi. » Clapton accepte et pose une ligne de guitare qui traverse tout le morceau, du début à la fin, plutôt qu'un simple solo isolé. Autour de lui, Pino Palladino tient la basse et un chœur gospel vient épaissir le refrain, pendant que Collins reste aux commandes du chant, des claviers, de la batterie et du tambourin.
Cette collaboration s'inscrit dans une liste d'invités impressionnante sur ...But Seriously, où l'on croise aussi Steve Winwood et David Crosby, preuve que Collins pouvait à l'époque mobiliser une bonne partie du gratin rock britannique et américain pour un seul album. Le détail des personnels et de la production du titre est répertorié sur la fiche consacrée à la chanson, qui confirme la présence de Clapton du premier au dernier couplet plutôt que sur un simple pont.
Que raconte vraiment cette chanson ?
Interrogé sur le sens du titre, Collins a longtemps préféré une réponse pleine d'autodérision : la chanson parlerait d'un présentateur météo frustré, incapable de prédire correctement la pluie. Une pirouette qui masque un propos bien plus sombre. Le texte explore en réalité la douleur d'une rupture et l'attachement qui persiste après une trahison, dans la veine introspective qui caractérise l'ensemble de l'album. Loin des tubes pop qui avaient fait le succès de No Jacket Required cinq ans plus tôt, Collins explique à l'époque à Radio Times que certaines chansons naissent de ce qui le préoccupe directement, quand d'autres s'imposent à lui sans prévenir. Ce contraste entre la légèreté affichée en interview et la gravité du texte est resté l'une des marques de fabrique de cette période de sa carrière, où il pouvait signer un hymne funky comme « Sussudio » et, l'album suivant, une ballade sur l'infidélité et l'abandon.
Quel accueil ce single a-t-il reçu en 1990 ?
I Wish It Would Rain Down sort dans plusieurs formats : CD maxi, 12 pouces et 7 pouces, tous accompagnés des mêmes faces B, à savoir « Homeless », une démo d'« Another Day in Paradise », et « You've Been in Love (That Little Bit Too Long) ». Le succès est international : troisième place aux États-Unis, septième au Royaume-Uni, mais surtout un règne de six semaines en tête du classement canadien RPM 100, qui en fait le single le plus vendu de l'année au Canada. Le titre atteint également la première place des radios italiennes et la troisième place en Belgique et aux Pays-Bas. Ce Maxi 45 tours WEA de 1990 correspond à cette vague de sorties qui a accompagné le single un peu partout dans le monde au moment de sa sortie. Au Canada, la performance est d'autant plus remarquable que le titre devance sur l'année entière des concurrents autrement plus dansants, confirmant qu'une ballade de studio portée par un solo de guitare pouvait encore dominer les classements pop au tournant des années 1990.
Que montre le clip réalisé par Jim Yukich ?
Le clip, long de huit minutes trente, adopte un noir et blanc soigné et une mise en scène quasi théâtrale. L'acteur Jeffrey Tambor y campe un metteur en scène sévère qui évalue la performance de Collins, alors que celui-ci interprète « Billy », un batteur devenu chanteur, clin d'œil transparent à son propre parcours au sein de Genesis. Le montage multiplie les séquences oniriques et les références au cinéma hollywoodien classique. Détail amusant repéré depuis : dans cette mise en abyme, le personnage de Collins finit par remporter un Oscar. Une scène presque prophétique, puisque Collins décrochera lui-même un véritable Academy Award neuf ans plus tard, pour « You'll Be In My Heart », composé pour Tarzan. Cette anecdote, relevée depuis par plusieurs rétrospectives consacrées à la chanson, illustre bien le second degré que Collins savait glisser jusque dans ses ballades les plus sombres, comme le rappelle ce recueil de faits sur le titre.
Pourquoi ce titre compte-t-il dans le succès de ...But Seriously ?
...But Seriously marque le retour de Collins en studio après la bande originale de Buster en 1988 et son précédent album solo, No Jacket Required, sorti en 1985. L'album devient le plus vendu de l'année 1990 au Royaume-Uni, où il passe quinze semaines cumulées en tête des charts, la plus longue série de la carrière de Collins à cette date. Il est certifié quadruple platine aux États-Unis et triple platine au Royaume-Uni, comme le détaille cette rétrospective consacrée à l'album. Le premier single, « Another Day in Paradise », consacré au thème des sans-abri avec les chœurs de David Crosby, devient le septième numéro un américain de Collins et remporte le Grammy Award du disque de l'année. I Wish It Would Rain Down confirme, en deuxième position dans le tracklisting des singles, que cet album pouvait aligner les réussites commerciales sans jamais renoncer à une écriture plus personnelle.
Pour les collectionneurs, ce Maxi 45 tours reste une pièce accessible pour qui veut posséder une trace physique de cette collaboration ponctuelle entre deux monstres sacrés de la musique britannique, Phil Collins à l'écriture et au chant, Eric Clapton à la guitare.





