Real Life, groupe de synth-pop originaire de Sydney, sort « Send Me An Angel » en 1983 sur son album Heartland. Ce single devient l'unique titre porté par un groupe australien à s'être classé deux fois dans le Top 40 américain au cours des années 80 : une première fois dans sa version originale, puis à nouveau six ans plus tard grâce à un remix. Le pressage proposé ici est un Maxi 45 Tours allemand sur vinyle multicolore, sorti chez Curb Records sous licence Intercord, avec l'Extended Mix du titre en face A.
Derrière ce tube qui a traversé les frontières et les décennies se cache une histoire faite de hasards : un refrain composé à l'arrière d'une voiture, un incendie de forêt aperçu dans le ciel nocturne, un animateur radio prêt à jouer un titre que personne d'autre ne voulait diffuser. Plus de quarante ans après sa sortie, ce disque reste l'un des plus recherchés de la scène synth-pop australienne par les collectionneurs européens.
Qui est Real Life, le groupe derrière ce tube planétaire ?
Real Life naît en 1980 à Sydney, quand David Sterry répond à une petite annonce de Richard Zatorski, qui cherche un guitariste. Les deux musiciens jouent d'abord avec une boîte à rythmes surnommée Gloria, avant que David Briggs, guitariste du Little River Band, ne les convainque qu'un vrai batteur ferait toute la différence. Danny Simcic rejoint alors le groupe à la batterie, Allan Johnson à la basse, et la formation adopte le nom Real Life après avoir dû abandonner un premier nom sous la menace de poursuites d'un autre groupe de Sydney.
C'est avec cette formation que le groupe enregistre le titre qui figure sur ce Maxi 45 Tours, extrait de leur premier album, Heartland. La chanson devient rapidement le morceau le plus identifiable du groupe, loin devant leurs autres succès américains comme « Catch Me I'm Falling » ou « God Tonight ».
Comment est né "Send Me An Angel" ?
L'histoire de la chanson commence en février 1983, à l'arrière d'une Ford Falcon en route vers un concert. Richard Zatorski a préparé une base instrumentale sur cassette ; David Sterry, lui, compose les paroles et la mélodie durant le trajet, intrigué par une lueur étrange qui embrase le ciel nocturne. Cette lueur, il l'apprendra plus tard, provient des feux de brousse du Mercredi des Cendres, qui ravagent alors le sud-est de l'Australie cette semaine-là. Rentré chez lui, Sterry termine la chanson en moins de vingt minutes, si vite qu'il racontera avoir d'abord craint d'avoir, sans le vouloir, plagié quelqu'un d'autre.
Le producteur Ross Cockle prend ensuite le titre en main, avec Lisa Edwards aux chœurs, tandis que l'ingénieur du son Ross Fraser, qui deviendra plus tard le producteur de John Farnham, ajoute les fameux claquements de mains du refrain lors des sessions de démo aux Richmond Recorders de Sydney.
Comment le titre a-t-il conquis l'Amérique... deux fois ?
À sa sortie, le morceau du Maxi 45 Tours grimpe jusqu'à la 6e place des charts australiens et atteint la première place en Allemagne de l'Ouest ainsi qu'en Nouvelle-Zélande. Mais c'est aux États-Unis que son parcours devient vraiment unique. Un animateur radio basé un temps à Sydney, Rick Carroll, repère le titre et le fait jouer sur la station californienne KROQ, alors en difficulté d'audience. Le titre décolle, permet à Real Life de décrocher un contrat américain, et se hisse à la 29e place du Billboard Hot 100 fin 1983.
Six ans plus tard, en 1988, inspiré par les remixes que Quincy Jones réalise pour New Order, David Sterry propose de moderniser le titre. Le producteur Nigel Wright, connu pour son travail avec Shakatak, livre une version remixée qui fait encore mieux que l'originale : « Send Me An Angel '89 » atteint la 26e place du Hot 100 et la 5e place du classement dance américain. Real Life devient ainsi le seul groupe australien à avoir placé la même chanson deux fois dans le Top 40 américain durant les années 80, un exploit rendu plus amer par la mort de Rick Carroll la même année, emporté par des complications liées au sida à 42 ans.
Qu'est-ce qui distingue ce pressage allemand ?
L'exemplaire proposé ici illustre bien le succès continental du titre : il s'agit d'un Maxi 45 Tours pressé en Allemagne de l'Ouest chez Intercord Ton GmbH, sous licence Curb Records, référencé INT 127.710. Le disque est pressé sur un vinyle multicolore, une particularité que l'étiquette allemande de l'époque désignait sous le nom de « Super-Sound-Single ». Il réunit l'Extended Mix du titre en face A, puis la version studio de la chanson et le morceau « Like A Gun » en face B.
Ce format long, pensé pour les clubs et les radios, correspond exactement à la période où le titre culminait dans les classements ouest-allemands, pays où il a atteint la première place pendant quatre semaines. Pour les collectionneurs de synth-pop, ce type de pressage coloré européen reste nettement plus rare à trouver que les éditions 7 pouces américaines, produites en bien plus grandes quantités.
Pourquoi "Send Me An Angel" continue-t-il d'être repris aujourd'hui ?
Peu de titres new wave australiens peuvent se vanter d'une descendance aussi éclectique. Depuis 1983, la chanson de ce Maxi 45 Tours a été reprise dans des styles aussi variés que l'eurodance, le metal industriel, le punk-rock ou même le chant grégorien, par des artistes allant de Zeromancer à Thrice en passant par Highly Suspect. Le titre a aussi accompagné la bande originale du film Teen Wolf Too et est passé sur le plateau d'American Bandstand à l'époque de sa sortie.
Real Life poursuit pourtant sa route loin des feux de la rampe : le groupe a sorti un album salué par la critique, Sirens, en 2020, et continue de tourner à l'international. Malgré ce succès rare pour un groupe australien des années 80, ni Real Life ni des contemporains comme Pseudo Echo ou Kids In The Kitchen n'ont encore été intronisés à l'ARIA Hall of Fame. David Sterry, lui, reste modeste face à la postérité de sa chanson : elle rend les gens heureux partout dans le monde, et lui a offert une vie qu'il n'aurait jamais imaginée en écrivant quelques lignes à l'arrière d'une voiture.
Envie de tenir en main ce pressage allemand coloré, témoin d'un tube qui a conquis deux fois l'Amérique ? Voir si ce disque est disponible.





