Crazy Frog - Axel F - CD Single - Universal Licensing Music 2005

Crazy Frog, Axel F, CD single, Universal Licensing Music, 2005 : derrière cette petite grenouille bleue casquée qui a envahi les classements européens à l'été 2005 se cache une histoire improbable, celle d'un bruitage de mobylette imité par un adolescent suédois, devenu dix ans plus tard le single le plus vendu de l'année au Royaume-Uni par un artiste étranger. Axel F reprend le thème électronique composé en 1984 par Harold Faltermeyer pour Le Flic de Beverly Hills, et le propulse numéro un dans une dizaine de pays, dont la France pendant treize semaines consécutives. Entre phénomène marketing, meme avant l'heure et polémiques publicitaires, ce single raconte à lui seul une tranche entière de la pop culture du milieu des années 2000, celle où la sonnerie de téléphone portable dictait sa loi aux hit-parades.

D'où vient le cri de mobylette qui a donné naissance à Crazy Frog ?

Tout commence en 1997 à Göteborg, en Suède. Daniel Malmedahl, alors lycéen de dix-sept ans, s'enregistre en train d'imiter le bruit d'un moteur deux temps avec sa bouche. L'enregistrement, baptisé « 2TAKTARE.mp3 », circule discrètement sur internet puis se répand bien plus largement après son passage dans une émission de télévision suédoise. Le son traîne ainsi plusieurs années sur la toile, parfois recyclé dans des vidéos amateur sur le thème de la Formule 1, sans que personne ne sache vraiment à qui il appartient.

En fin d'année 2003, un jeune animateur 3D suédois, Erik Wernquist, tombe sur ce bruitage sans en connaître l'origine. Il lui associe, pour s'amuser, un petit personnage animé casqué et le met en ligne le 7 octobre 2003 sous le nom de « The Annoying Thing ». Le son est alors crédité « Anonymous », jusqu'à ce que Malmedahl recontacte Wernquist pour récupérer la paternité de sa création. La diffusion virale du personnage attire vite l'attention d'un acteur bien plus commercial : la société de sonneries Jamba, qui rachète les droits, rebaptise la créature « Crazy Frog » et lance une campagne de marketing massive à partir de la mi-2004. Wernquist lui-même se montrera plus tard dubitatif sur ce nouveau nom, faisant remarquer que « ce n'est ni une grenouille, ni particulièrement folle ».

Comment Axel Foley et sa banane se sont-ils retrouvés mêlés à l'histoire ?

Le thème musical que Jamba choisit pour accompagner sa grenouille n'est pas composé pour l'occasion. « Axel F » est à l'origine l'œuvre d'Harold Faltermeyer, compositeur allemand qui l'écrit en 1984 pour la bande originale du Flic de Beverly Hills. Faltermeyer le surnommait en interne le « thème de la banane », en référence à la scène où Axel Foley échappe à deux policiers en glissant des bananes dans le pot d'échappement de leur voiture de patrouille. Ce morceau entièrement électronique devient un tube mondial à sa sortie, grimpant à la troisième place du classement pop américain et à la deuxième place au Royaume-Uni, avant de contribuer, deux ans plus tard, au Grammy Award de la meilleure musique de film reçu par la bande originale.

Vingt ans plus tard, ce même thème a déjà connu un détour avant d'arriver jusqu'à la grenouille bleue : un titre non autorisé intitulé « Ring Ding Ding », bâti sur le bruitage de Malmedahl, circulait déjà sur une reprise d'Axel F signée en 2003 par le duo Murphy Brown et Captain Hollywood. C'est cette version qui inspire finalement le single officiel que Jamster fait enregistrer, avec une production signée Henning Reith et Reinhard Raith. La boucle est bouclée : un générique de film policier américain des années 1980 ressuscité par une sonnerie de portable suédoise.

Pourquoi ce single a-t-il autant marché en France et ailleurs en Europe ?

Sorti en Allemagne le 17 mai 2005, puis décliné dans la plupart des pays européens au cours de l'été, Axel F s'impose numéro un au Royaume-Uni pendant quatre semaines, devenant, selon les classements de fin d'année, le troisième single le plus vendu de l'année toutes nationalités confondues et le premier par un artiste étranger, devant même un single de Coldplay sur une semaine de classement. Le titre coiffe également les sommets des hit-parades en Australie, en Belgique, au Danemark, en Irlande, en Norvège, en Espagne, en Suède, en Écosse et sur l'Eurochart Hot 100.

La France n'est pas en reste : le single entre discrètement à la 77e place, grimpe à la deuxième avant de s'installer numéro un pendant treize semaines consécutives, un règne qui ne prendra fin que lorsque la grenouille se détrônera elle-même avec le single suivant, « Popcorn ». Cette performance lui vaut une certification Diamant en France, avec environ 1,27 million d'exemplaires écoulés, dont plus de 100 000 lors de sa meilleure semaine. Aux États-Unis, où le titre culmine plus modestement à la 50e place du Billboard Hot 100, il se vend tout de même à plus de deux millions d'exemplaires.

Que contient ce CD single français sorti en 2005 ?

La fiche de ce pressage français de Axel F, publiée par Universal Licensing Music via le label Mach 1 Records, réunit sur un même disque quatre versions audio du morceau, le Radio Mix, le Club Mix, le Club Remix Massimo et un Accapella, ainsi que la face B « In The 80's ». Le disque est un CD « Enhanced » : une partie CD-ROM compatible Mac et PC embarque le clip vidéo, conformément à l'usage encore courant pour les singles de l'époque. C'est justement ce clip, réalisé par Erik Wernquist lui-même pour le compte du label Ministry of Sound, qui popularisera l'image d'un robot tueur à moto pourchassant la grenouille à travers les airs. Mal aimé par la critique au point de figurer dans un classement NME des pires clips musicaux publié en 2011, il n'en reste pas moins devenu un classique d'internet, cumulant plus de cinq milliards de vues sur YouTube au début de l'année 2025, et a même eu droit à un crossover avec le film Netflix Le Flic de Beverly Hills : Axel F en 2024.

Crazy Frog a-t-il survécu à son propre phénomène ?

Le succès fulgurant de la grenouille ne s'est pas fait sans accrocs. Au Royaume-Uni, l'autorité de régulation de la publicité a reçu de nombreuses plaintes visant les publicités Jamster, jugées trop fréquentes et portant sur une imagerie jugée inappropriée pour un public jeune ; sans donner formellement raison aux plaignants sur ce point, Jamster a tout de même choisi de flouter certains détails du personnage dans ses diffusions ultérieures. D'autres plaintes, concernant le manque de clarté sur l'abonnement payant caché derrière le téléchargement de la sonnerie, ont en revanche été retenues, et les publicités ont fini par être interdites avant 21 heures à partir de septembre 2005.

Le personnage connaîtra ensuite des hauts et des bas : nouveaux albums en 2006 puis en 2009, jeux vidéo, produits dérivés, avant une longue pause et un retour remarqué en 2020. Près de vingt ans après son pic de popularité, Axel F reste la preuve qu'un bruitage de mobylette enregistré pour rire par un adolescent peut, par le jeu des hasards d'internet et du marketing des télécoms, finir par détrôner les plus grosses stars internationales sur les ventes de singles. Une histoire aussi absurde que fondatrice, qui mérite d'être connue par quiconque possède ce CD dans sa collection.

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Années 2000, Axel f, Crazy frog, Dance, Electro

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