KDD - Big Bang KDD - Maxi CD - Columbia 1996

En 1996, un maxi CD publié chez Columbia va révéler un groupe venu d'un endroit inattendu de la carte du rap français : ni Paris, ni Marseille, mais Toulouse. Big Bang KDD, premier extrait de l'album « Opte pour le K » du groupe KDD, tourne sur les radios de tout le pays, porté par un sample de Curtis Mayfield et par les remixes club du DJ Cutee B. Le groupe est alors composé d'adolescents dont le plus jeune a 12 ans à ses débuts et 14 ans à la sortie de son premier disque. Ce maxi 6 titres, référencé COL 662714-2 chez Sony Music, réunit quatre versions du morceau-titre et deux inédits qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Retour sur l'histoire d'un single qui a mis une ville entière sur l'échiquier du hip-hop hexagonal, sans pour autant garantir le succès commercial de l'album dont il est issu.

Qui est KDD, le groupe qui a fait sortir Toulouse de l'ombre parisienne ?

KDD, acronyme de Kartel Double Détente, est un groupe de hip-hop toulousain formé au tout début des années 1990. Il réunit cinq membres — Dadppda (qui deviendra Dadoo), Diesel, H2O, Lindsay et Robert — recrutés très jeunes : le benjamin du groupe n'a que 12 ans à ses débuts. En 1994, le collectif signe un contrat avec Columbia, une major américaine, ce qui est loin d'être la norme pour un groupe originaire du sud-ouest de la France à cette époque, où la scène rap reste très concentrée sur l'axe Paris-Marseille. Deux ans plus tard paraît leur premier album, « Opte pour le K », porté par le single Big Bang KDD, qui leur permet d'être diffusés dans toute la France par les radios alors que peu de groupes hors de l'axe parisien y parvenaient.

D'où vient le sample qui a fait le buzz de « Big Bang KDD » ?

Le morceau doit une partie de son identité à un emprunt à « Tripping Out » de Curtis Mayfield, figure de la soul américaine des années 1970. À sa sortie pourtant, on reproche au titre d'avoir simplement surfé sur une tendance funky alors en vogue dans le rap français, portée notamment par Alliance Ethnik, l'un des groupes les plus populaires de l'époque. Dadoo, membre du groupe, a raconté avoir trouvé le refrain et le thème du morceau place Jean-Jaurès, en plein centre de Toulouse. Le clip qui accompagne Big Bang KDD a quant à lui été tourné à New York — le tout premier voyage du rappeur dans une ville qui allait devenir une référence pour l'ensemble du groupe.

Pourquoi ce maxi CD conserve-t-il deux titres introuvables ailleurs ?

Au-delà des quatre versions du morceau-titre (l'édit club de 3'56, le mix club complet de 6'11, le mix « Cutee B Mark I » de 5'12 et la version album de 4'08), ce maxi CD réunit deux morceaux exclusifs absents de l'album « Opte pour le K » : « Splif Taf » et « Fantôme des Fantômes ». Cette pratique, courante au milieu des années 1990, transformait les maxis CD en objets à part entière pour les collectionneurs et les DJ de club plutôt qu'en simples produits dérivés promotionnels de l'album — une raison pour laquelle ce format continue d'intéresser les amateurs de rap français bien après sa sortie.

Qui est Cutee B, le DJ derrière les remixes de ce maxi ?

Les trois premiers remixes du disque portent la signature de Cutee B, DJ actif depuis la fin des années 1980 et plusieurs fois médaillé aux championnats DMC français du début des années 1990. En 1995, un an avant la sortie de ce maxi, il fonde son propre label, Defrey Music, sur lequel il produira ensuite plusieurs artistes de la scène hip-hop et R'n'B française. Son travail sur Big Bang KDD s'inscrit dans cette période où il enchaîne les remixes pour des artistes aussi variés que Fabe ou Boyz II Men, quelques années avant d'être repéré par la Motown pour mixer l'une de ses compilations.

Pourquoi l'album « Opte pour le K » n'a-t-il pas trouvé son public malgré ce tube radio ?

Malgré la diffusion nationale de Big Bang KDD, l'album dont il est extrait n'a pas rencontré le succès commercial espéré par Columbia. Dadoo a lui-même reconnu que le disque, s'il a rendu le groupe populaire, ne s'est pas vendu en grande quantité — un paradoxe qu'il attribue en partie au fait que KDD venait de Toulouse, une ville hors des circuits habituels du rap français de l'époque. Le sursaut commercial viendra deux ans plus tard avec « Résurrection » (1998), un album plus sombre et plus personnel porté par le single « Une princesse est morte », hommage à Betty Shabazz — veuve de Malcolm X — publié dans le sillage de la mort de Lady Diana. KDD y accueille en featuring Don Choa et Le Rat Luciano, avant de clore sa discographie avec « Une couleur de plus au drapeau » en 2000, puis de se séparer au début des années 2000. Dadoo poursuivra sa route en solo puis avec le groupe The Classics, tandis que Diesel se dirigera vers la production musicale à New York.

Trente ans après sa sortie, ce maxi CD reste un témoin de la diversité géographique que le rap français commençait tout juste à revendiquer au milieu des années 1990, avant que Toulouse ne s'impose durablement sur l'échiquier du genre grâce à ce groupe et à ceux qu'il a inspirés.

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Sources :
KDD — Wikipédia
« De KDD à The Classics » — Entretien avec Dadoo, Le Bon Son (2015)
Interview de Cutee B, 90BPM (2003)

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