Sorti en France en 1997 sur Virgin Records, ce CD single réunit deux versions de Got 'Til It's Gone, troisième extrait de « The Velvet Rope », sixième album studio de Janet Jackson. Le titre s'appuie sur un sample de « Big Yellow Taxi » de Joni Mitchell et sur un couplet rappé par Q-Tip d'A Tribe Called Quest, un mariage R&B/hip-hop assez osé pour l'époque.
Ce qui rend ce pressing intéressant, ce n'est pas seulement le résultat sur disque mais la manière dont il a été construit. Une chanteuse au sommet de sa carrière qui décroche son téléphone pour convaincre elle-même une légende du folk, un rappeur new-yorkais qui vient poser sa voix sur une production R&B léchée, un clip tourné sur un plateau de Los Angeles mais pensé comme une célébration de l'Afrique pré-apartheid. Autant d'éléments qui ont fait de ce single l'un des moments les plus commentés de la discographie de Janet Jackson dans les années 90.
Comment Janet Jackson a-t-elle obtenu l'accord de Joni Mitchell ?
Faire chanter Joni Mitchell sur un titre R&B en 1997 n'avait rien d'évident. Plutôt que de passer par des intermédiaires ou des avocats, Jackson a choisi d'appeler elle-même la chanteuse canadienne pour lui demander la permission d'utiliser « Big Yellow Taxi ». Elle racontera plus tard : tout le monde lui disait que ce n'était pas possible, mais si Mitchell devait refuser, elle voulait l'entendre de sa bouche. La réponse est arrivée en quelques jours à peine, positive.
Joni Mitchell elle-même a commenté cette collaboration inattendue avec ironie, disant que sa cote de popularité avait grimpé depuis que Janet Jackson l'échantillonnait dans son tube. Du côté de la production, Jimmy Jam a décrit le morceau comme une pièce « avant-gardiste » et « funky », rendue possible par une chanteuse ouverte à toutes les idées en studio, presque une page blanche pour ses collaborateurs.
Ce n'est pas un détail anecdotique. Au milieu des années 90, les samples de titres folk ou rock dans la pop et le R&B donnaient encore lieu à des négociations longues et parfois conflictuelles, comme le montrera d'ailleurs un autre épisode lié à ce même morceau : un accord amiable a été trouvé un an plus tard avec l'artiste britannique Des'ree, dont le titre « Feel So High » présentait des similitudes mélodiques avec Got 'Til It's Gone. La demande personnelle de Jackson à Joni Mitchell tranche donc avec les usages plus feutrés de l'industrie.
Quel rôle joue Q-Tip dans cette rencontre entre pop et hip-hop ?
Le featuring de Q-Tip, membre d'A Tribe Called Quest, n'est pas un simple couplet posé en marge. Le rappeur cite directement Joni Mitchell dans son texte, avec la phrase devenue célèbre : « Joni Mitchell never lies ». C'est cette phrase qui referme la boucle entre les trois artistes réunis sur un seul et même titre, une chanteuse de folk des années 70, une star de la pop des années 90 et un pilier du rap new-yorkais.
Sur cette édition CD single pressée en France, seules deux versions figurent au programme : le Radio Edit (3:39) et le Mellow Mix (5:11), sans les remixes club plus longs qui circulaient sur d'autres formats internationaux. Une sélection resserrée qui correspond à ce que le marché français recevait à l'époque pour la promotion radio de Got 'Til It's Gone.
Que raconte le clip signé Mark Romanek ?
Le clip, réalisé par Mark Romanek et tourné sur un plateau à Los Angeles, se présente comme une célébration de l'Afrique pré-apartheid, avec une esthétique inspirée des photographies africaines des années 60 et 70. Il a été dévoilé le 4 septembre 1997, juste avant la cérémonie des MTV Video Music Awards de la même année.
Le résultat a été récompensé d'un Grammy Award de la meilleure vidéo musicale format court lors de la 40e cérémonie, d'un prix VH1 de la vidéo la plus stylée en 1997, et a même été classé dixième dans le palmarès des cent plus grandes vidéos musicales de tous les temps établi par Slant Magazine. Les MVPA Awards lui ont également décerné les prix de la meilleure vidéo pop et de la meilleure direction artistique.
Quel accueil ce titre a-t-il reçu à sa sortie ?
Curieusement, « Got 'Til It's Gone » n'est jamais sorti en single commercial aux États-Unis, ce qui l'a rendu inéligible au classement principal du Billboard Hot 100. Il s'est tout de même hissé à la troisième place du classement radio R&B américain. C'est à l'international que le titre a le mieux fonctionné commercialement : sixième place au Royaume-Uni, onzième en France, neuvième aux Pays-Bas, dixième en Australie, quatrième en Nouvelle-Zélande et cinquième au Danemark.
Ces performances se sont traduites par plusieurs certifications, disque d'or en France pour 250 000 exemplaires vendus, disque d'argent au Royaume-Uni pour 200 000 unités, et disque d'or en Australie et en Nouvelle-Zélande. Côté presse, le magazine britannique Music Week l'avait élu single de la semaine avec la note de 4 sur 5, saluant une production pop d'une grande finesse mêlant subtilement chant, rap et sample vintage.
Pourquoi cette édition CD single a-t-elle sa place dans une collection ?
Ce pressing français porte la référence catalogue 7243 8 94601 2 4 (VSCDE 1666 au Royaume-Uni) sous le double label Virgin Records America / Black Doll Inc., avec le code-barres 724389460124. Sur la pochette, Jackson est simplement créditée « Janet », une manière de se démarquer du nom de famille associé au reste de sa fratrie et de s'affirmer comme artiste à part entière au moment où sortait « The Velvet Rope ».
Face à l'imposant catalogue de remixes que « The Velvet Rope » a généré à travers le monde, cette édition CD single reste une version courte et directe du titre, pensée pour la promotion radio plutôt que pour les DJ. Elle constitue un point d'entrée simple et abordable dans l'histoire de Got 'Til It's Gone pour qui veut posséder un fragment tangible de cette rencontre entre trois générations d'artistes.
Trente ans après sa sortie, ce titre reste l'un des exemples les plus cités de sample bien négocié dans l'histoire de la pop, et l'un des moments où Janet Jackson a le plus clairement affirmé sa propre voix artistique, entre soul, hip-hop et mémoire musicale des années 70.





