Mike Harding - The Rochdale Cowboy Rides Again - 33T - Rubber 1975

Mike Harding est un chanteur folk et humoriste anglais originaire de Manchester. En 1975, son label Rubber Records réunit ses deux albums studio parus la même année dans un seul coffret gatefold : The Rochdale Cowboy Rides Again, un double 33 tours qui capitalise sur le tube surprise qui vient de le faire connaître. Ce qui rend ce disque particulier, c'est l'histoire de son titre phare : un single né d'une confusion nationale avec un tout autre "cowboy" venu des États-Unis.

Derrière l'étiquette de novelty song se cache un artiste bien plus complexe, un conteur du Lancashire qui allait devenir l'une des voix les plus écoutées de la BBC pendant quinze ans. Ce double album gatefold, produit par Geoff Heslop et illustré par R. McPhail, est le témoin sonore de ce moment charnière où le folk du nord de l'Angleterre a basculé, malgré lui, dans la culture pop.

Qui est Mike Harding, le chanteur devenu "cowboy" malgré lui ?

Né en 1944 à Crumpsall, un quartier populaire de Manchester, dans une famille irlandaise catholique modeste, Mike Harding grandit sans père : celui-ci meurt en mission à bord d'un bombardier Lancaster quatre semaines avant sa naissance. Cet épisode marquera plus tard l'une de ses chansons, "Bombers' Moon".

Musicien dans des groupes de skiffle et de rock durant les années 1960, il partage même des scènes avec les Beatles et les Hollies avant de se tourner vers le folk traditionnel, publiant ses premiers disques chez Topic Records puis des albums comme "A Lancashire Lad" (1972) et "Mrs 'Ardin's Kid" (1974). C'est en 1967, alors qu'il se produit à l'université de Leeds, qu'il commence à glisser des blagues entre ses chansons. Ces interludes prennent de plus en plus de place jusqu'à devenir le cœur de son spectacle : le chanteur folk se mue peu à peu en humoriste, sans jamais renier ses racines de conteur du Lancashire, cet accent et ce sens de l'autodérision populaire qui feront tout le charme de ses disques suivants.

Comment "Rochdale Cowboy" a-t-il explosé en pleine confusion avec Glen Campbell ?

À l'été 1975, Mike Harding sort "Rochdale Cowboy", un single volontairement léger qu'il décrira plus tard comme un simple "single d'été un peu bête", dans la lignée d'"Ernie" de Benny Hill. Le morceau grimpe jusqu'à la 22e place du classement britannique des singles en août 1975.

Le hic, c'est qu'au même moment, Glen Campbell caracole dans les charts avec "Rhinestone Cowboy". Les deux titres évoquent chacun un cowboy dans leur nom, et la confusion s'installe dans les bacs des disquaires. Harding racontera avec amusement, dans une interview donnée bien plus tard, l'anecdote d'une auditrice d'une île écossaise ayant fait sept heures de bateau pour aller acheter le disque, et repartant avec... le mauvais "cowboy". Le succès inattendu de The Rochdale Cowboy Rides Again doit donc autant à la chanson elle-même qu'à ce télescopage involontaire avec la pop américaine.

Ce coup de projecteur inattendu vaut à Harding une apparition à Top of the Pops la même année, une consécration pour un chanteur folk qui ne s'y attendait pas. D'ailleurs, le tout premier morceau du double album s'intitule justement "Top Of The Pops", un clin d'œil direct et assumé à cet épisode qui a changé le cours de sa carrière.

Que contient ce double album gatefold sorti dans la foulée du single ?

Contrairement à ce que son nom laisse penser, The Rochdale Cowboy Rides Again n'est pas un simple album studio : c'est un coffret double 33 tours qui réunit dans une seule pochette ouvrante les deux références catalogue RUB 015 et RUB 016 du label Rubber Records, pressées au Royaume-Uni la même année. On y retrouve dix-sept titres qui alternent chansons traditionnelles teintées d'accent du Lancashire, sketchs parlés et textes comiques sur la vie à Rochdale : "Irwell Delta Blues", "Napoleon's Retreat From Wigan", "Bogey Man", "Arnold My Frog" ou encore "King Cotton" côtoient des pistes plus musicales comme "Banish Misfortune" ou "The Wedding At 18 Clegg St". Le tout est encadré par une pochette gatefold ornée d'un dessin décalé signé R. McPhail, produit par Geoff Heslop pour un petit label indépendant, Rubber Records, qui profite pleinement de la notoriété soudaine de son artiste maison.

Ce format double, rare pour un artiste avant tout connu pour un single de trois minutes, illustre bien la stratégie de l'époque : capitaliser vite sur un tube pour offrir aux nouveaux fans la matière plus large que représente le répertoire complet de Harding, entre chansons et histoires racontées.

Pourquoi la face B a-t-elle fait plus de bruit que le tube lui-même ?

Autre détail savoureux de cette période : la face B du single, "Strangeways Hotel", aurait en réalité reçu davantage de passages en radio que "Rochdale Cowboy" en tant que tel, mais son ton jugé trop grivois pour les ondes grand public l'a empêchée de devenir le vrai tube. Cette anecdote résume assez bien l'esprit de Mike Harding à l'époque : un humour populaire, parfois frondeur, toujours ancré dans le quotidien du nord de l'Angleterre, qui ne demandait qu'à s'exprimer sans les filtres de la radio nationale.

Quel héritage ce succès a-t-il laissé à Mike Harding ?

Harding a toujours assumé son statut de "one-hit wonder", se comparant lui-même à George Formby et à sa ville de Wigan : une chanson, mais une chanson qui change une carrière. Il ira jusqu'à dire que ce single lui a permis de "financer les études de ses enfants" et de le lancer durablement dans le théâtre et la télévision. De fait, la suite de sa carrière est impressionnante : sa propre émission, The Mike Harding Show, est diffusée de 1979 à 1982 devant environ six millions de téléspectateurs, il coécrit et compose la musique de la série d'animation Dangermouse entre 1981 et 1992, et surtout il anime pendant quinze ans une émission folk hebdomadaire sur BBC Radio 2, faisant grimper son audience de moins de 100 000 auditeurs à près d'un million avant que la BBC ne mette fin au programme fin 2012. Il poursuivra ensuite l'aventure en lançant sa propre émission folk sur internet, cumulant plus de 500 000 téléchargements, preuve que le conteur de Rochdale n'a jamais vraiment quitté les ondes.

Aujourd'hui encore, Harding continue de se produire dans les pubs irlandais de Manchester, fidèle à ses débuts, pendant que son unique tube des charts continue de faire sourire ceux qui se souviennent de la confusion des étés 1975.

Le double album The Rochdale Cowboy Rides Again reste ainsi le témoin d'un instant précis : celui où un chanteur folk du Lancashire, porté par un malentendu de charts avec Glen Campbell, s'est retrouvé propulsé sur le devant de la scène nationale britannique, avant de bâtir une des carrières les plus durables de la radio anglaise. Un pressage RUB 015/016 en gatefold qui vaut aujourd'hui autant pour son contenu musical que pour l'histoire qu'il raconte.

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