Harvest de Neil Young : comment une blessure au dos a donné naissance à l'album le plus vendu de 1972

Sorti le 15 février 1972 chez Reprise Records, Harvest est le quatrième album studio de Neil Young — et reste, plus de cinquante ans après, le disque le plus vendu de toute sa carrière. Porté par le single « Heart of Gold », seul numéro 1 de Young au Billboard Hot 100, l'album domine le Billboard 200 pendant deux semaines et devient, comme le rapporte la fiche consacrée à l'album sur Wikipedia, l'album le plus vendu aux États-Unis en 1972. Ce succès est né d'un incident presque anecdotique : une blessure au dos qui a forcé Young à abandonner la guitare électrique pendant près de deux ans, l'obligeant à composer assis — d'où la texture feutrée et acoustique si particulière de ce disque.

Pourquoi Neil Young a-t-il enregistré un album presque entièrement acoustique ?

En 1970, peu après la sortie de son précédent album After the Gold Rush, Young achète le ranch Broken Arrow à Redwood City, en Californie. En manipulant une planche de bois pendant les travaux de rénovation, il se blesse gravement au dos.

Il racontera plus tard au journaliste Cameron Crowe avoir passé « deux ans entre hôpitaux », incapable de rester debout assez longtemps pour jouer de la guitare électrique. Cette contrainte physique explique en grande partie le son de Harvest : les morceaux acoustiques comme « Old Man », « Heart of Gold » et « Harvest » ont été enregistrés durant sa convalescence, tandis que les titres plus électriques (« Are You Ready for the Country? », « Alabama », « Words ») n'arrivent qu'après une opération réussie en août 1971, une fois Young de nouveau capable de tenir un instrument debout.

Pour les sessions nashvilloises, tenues au studio Quadrafonic Sound tout juste ouvert par le producteur Elliot Mazer, Young s'entoure d'un groupe de musiciens qu'il baptise lui-même les Stray Gators : Ben Keith à la pedal steel, Tim Drummond à la basse et Kenny Buttrey à la batterie. James Taylor, de passage au studio, ajoute même un banjo sur « Old Man », pendant que Linda Ronstadt pose ses chœurs à ses côtés — un accompagnement discret qui a marqué la légende de l'album.

Quel rôle a joué le London Symphony Orchestra sur cet album ?

Fin février 1971, Young se rend à Londres pour un concert au Royal Festival Hall et une émission de la BBC. Il en profite pour enregistrer deux titres orchestraux de Harvest, « A Man Needs a Maid » et « There's a World », avec le London Symphony Orchestra sous la direction de Jack Nitzsche, le 1er mars, au Barking Town Hall.

Dans ses mémoires Waging Heavy Peace, Young raconte avoir écouté la première prise dans le camion mobile de l'ingénieur Glyn Johns, garé devant la salle : Nitzsche lui-même aurait alors jugé le résultat « un peu too much ». Les deux hommes savaient que l'arrangement était démesuré, mais l'ont assumé jusqu'au bout.

Que raconte réellement « The Needle and the Damage Done » ?

À rebours de l'ambiance pastorale du reste de l'album, ce titre de deux minutes est un texte frontal sur l'héroïne. Il a été enregistré en public à Royce Hall, sur le campus de l'UCLA, le 30 janvier 1971 — bien avant le drame qui allait le rendre tristement prophétique.

La chanson vise notamment Danny Whitten, guitariste du groupe Crazy Horse et ami proche de Young, emporté par une overdose plus tard dans l'année 1972, comme le détaille la page dédiée au titre sur Wikipedia. Sur scène dès janvier 1971, Young évoquait déjà les musiciens talentueux qu'il avait vus disparaître de cette façon avant même de connaître le succès.

Pourquoi « Alabama » a-t-il déclenché la réponse de Lynyrd Skynyrd ?

Sur Harvest, le morceau « Alabama » prolonge le brûlot « Southern Man », que Young avait déjà consacré au passé raciste du Sud américain deux ans plus tôt. Le groupe Lynyrd Skynyrd lui répond en 1973 avec « Sweet Home Alabama », glissant la phrase restée célèbre : « j'espère que Neil Young s'en souviendra ».

Des décennies plus tard, dans son autobiographie, Young reconnaîtra que la réplique de Lynyrd Skynyrd était « amplement méritée », jugeant ses propres paroles « accusatrices, condescendantes, pas assez réfléchies ». Une rare autocritique pour un texte devenu, malgré lui, un classique du rock sudiste qui lui répond.

Qu'est-ce qui distingue ce pressage précis de « Harvest » ?

L'exemplaire proposé ici est un pressage allemand d'époque (mention GEMA), référence catalogue 54 005 (44 131), dans sa pochette gatefold ornée du soleil orange caractéristique de l'édition originale de 1972 — et non une réédition ultérieure. Disque et pochette sont classés VG+/VG+, un état soigné pour un vinyle qui a aujourd'hui plus de cinquante ans.

Longtemps jugé sévèrement par la critique de l'époque — Rolling Stone évoquait en 1972 une « redite décevante » des albums précédents de Young —, Harvest a depuis nettement remonté la pente : 72e place du classement des 500 plus grands albums de tous les temps établi par Rolling Stone en 2020, et 64e place d'un sondage mené auprès des lecteurs de Q Magazine en 1998.

En 2015, l'Académie américaine du disque a fait entrer Harvest au Grammy Hall of Fame, comme le rapportait alors Rolling Stone — confirmation du statut d'album fondateur d'un disque qui, à sa sortie, avait pourtant été accueilli par une critique plutôt tiède avant d'être unanimement réévalué dans les décennies suivantes.

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Sources :
Wikipedia — Harvest (Neil Young album)
Wikipedia — The Needle and the Damage Done
Rolling Stone — Grammy Hall of Fame Inductees

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