Silver Convention - Silver Convention - Album 33T - Midland International 1976

Un tube mondial caché sous un autre nom

En 1976, le groupe disco allemand Silver Convention sort aux États-Unis un album qui porte simplement son propre nom, sur le label Midland International distribué par RCA. Ce disque contient "Get Up and Boogie", single qui grimpe jusqu'à la deuxième place du Billboard Hot 100 la même année. Partout ailleurs dans le monde, ce même album s'appelle justement "Get Up and Boogie". Seule l'édition américaine choisit de mettre en avant le nom du groupe plutôt que celui du tube. Derrière ce choix de marketing se cache un duo de producteurs munichois qui venait, un an plus tôt, de décrocher un Grammy Award pour un morceau au moins aussi improbable.

Qui se cache derrière Silver Convention ?

Silver Convention n'est pas un groupe au sens classique du terme. C'est un projet de studio monté à Munich en 1974 par le producteur et parolier Michael Kunze et l'arrangeur Sylvester Levay, dont le surnom "Silver" a donné son nom à l'ensemble. Avant de se lancer dans le disco, Kunze écrivait des chansons contestataires en langue allemande à la fin des années 1960. Levay, lui, avait affiné son sens musical en Yougoslavie avant de devenir arrangeur.

Au tout début, les voix de Silver Convention sont assurées par des chanteuses de studio anonymes, prénommées Ingrid, Wilma et Monica sur les tout premiers enregistrements, avant que d'autres interprètes comme Gitta Walther, Lucy Neale, Betsy Allen ou Roberta Kelly ne prêtent leur voix aux sessions suivantes. Kunze et Levay comprennent vite qu'il leur faut aussi des visages capables d'incarner le groupe sur scène et en interview. Penny McLean, Ramona Wulf et Linda G. Thompson deviennent ainsi la face publique de la formation, alors que la musique elle-même reste en grande partie l'œuvre des deux producteurs et de leurs musiciens de studio munichois.

Pourquoi l'album porte-t-il un titre différent selon les pays ?

Sorti en 1976, cet album homonyme paraît en Allemagne, aux Pays-Bas, en Scandinavie et au Canada sous le titre "Get Up and Boogie", à l'image de son morceau phare. Aux États-Unis, Midland International choisit une stratégie différente : miser sur le nom du groupe, déjà familier du public américain grâce au triomphe de l'année précédente. Le contenu des deux versions reste quasiment identique, avec en ouverture "Get Up and Boogie (That's Right)" puis des titres comme "San Francisco Hustle" ou "Thank You Mr. D.J.".

Ce genre de rebaptisage discographique n'a rien d'exceptionnel dans les années 1970, les maisons de disques adaptant régulièrement les titres et les pochettes à chaque marché. Ce qui rend le cas de Silver Convention particulièrement lisible, c'est que les deux versions circulent encore aujourd'hui côte à côte chez les collectionneurs, avec des pochettes et des références catalogue distinctes pour un contenu musical quasiment superposable. Un même sillon, deux identités visuelles bien différentes selon le continent où l'on posait l'aiguille en 1976.

Comment "Get Up and Boogie" est-il devenu un tube international ?

Écrite par Sylvester Levay et Stephan Prager, la chanson pousse à l'extrême une recette déjà éprouvée sur "Fly, Robin, Fly" : un texte réduit à l'essentiel, six mots différents à peine, répétés sur un groove imparable pensé pour la piste de danse. Le titre atteint la deuxième place du Billboard Hot 100 en juin 1976, la première place au Canada et la septième position au Royaume-Uni. Sur les classements spécialisés américains, l'album grimpe jusqu'à la neuvième place du Billboard Black Albums et jusqu'à la treizième place du classement pop des albums, une performance solide pour un disque européen entièrement instrumental dans son écriture, si l'on excepte les quelques mots répétés au refrain.

Ce minimalisme lyrique, loin d'être un handicap, devient la vraie signature de Silver Convention. Moins un morceau contient de mots, plus il franchit facilement les frontières linguistiques et tourne en boîte de nuit sans qu'un public non anglophone n'y perde rien.

Que doit ce succès à un Grammy Award pour le moins inattendu ?

Le triomphe de "Get Up and Boogie" ne sort pas de nulle part. Un an plus tôt, "Fly, Robin, Fly" avait passé trois semaines consécutives à la première place du Billboard Hot 100, encadré des deux côtés par "That's the Way (I Like It)" de KC and the Sunshine Band. Le titre s'était écoulé à 1,5 million d'exemplaires aux États-Unis dès février 1976, certifié disque d'or par la RIAA, et avait valu à Silver Convention un Grammy Award de la Meilleure Performance R&B Instrumentale, une catégorie pour le moins surprenante pour un morceau chanté, composé et interprété par une équipe entièrement allemande, très éloignée du R&B américain traditionnel.

Le titre de travail du morceau était d'ailleurs "Run, Rabbit, Run" avant de devenir "Fly, Robin, Fly". Avec ce Grammy et cette place de numéro un, Silver Convention devient le deuxième groupe allemand à décrocher la tête des classements américains, un exploit qui installe une attente considérable autour de leur disque suivant, celui-là même qui deviendra selon les pays "Get Up and Boogie" ou Silver Convention.

Que devient Silver Convention après ce sommet ?

La suite est plus mouvementée. Linda G. Thompson quitte le groupe et cède sa place à Rhonda Heath, tandis que Silver Convention représente l'Allemagne au Concours Eurovision de la chanson 1977 avec "Telegram", qui termine à la huitième place. Une formation renouvelée, réunissant Suzie McClosky, Rhonda Heath et Ramona Wulf, retrouve un peu de succès en 1978 avec l'album "Love in a Sleeper", produit par John Davis. Mais l'intérêt du public pour le disco s'essouffle rapidement à la fin de la décennie, et le groupe se sépare peu après, comme beaucoup de formations nées dans le sillage du même mouvement.

Ce parcours en dents de scie, sommet fulgurant suivi d'un déclin tout aussi rapide, est finalement assez représentatif de la vague disco européenne des années 1970 : des producteurs de studio, un ou deux tubes calibrés pour les pistes de danse, puis une reconversion souvent plus durable que le succès initial. Ce qui distingue Silver Convention du lot, c'est justement cette trace concrète et un peu insolite qu'a laissée l'album dans les rayons américains, sous un nom que le reste du monde ne connaît pas.

Kunze et Levay poursuivent ensuite des carrières bien distinctes. Levay collabore un temps avec Giorgio Moroder avant de devenir compositeur pour le cinéma et la télévision américaine. Kunze, de son côté, travaille avec Jim Steinman puis devient l'un des grands noms de la comédie musicale germanophone, signant notamment les livrets et paroles des comédies musicales à succès "Elisabeth" et "Mozart!". De studio disco munichois à locomotive du théâtre musical allemand, le parcours de Kunze illustre bien à quel point l'aventure Silver Convention n'a été qu'un chapitre, aussi brillant fut-il, dans des carrières bien plus longues.

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Années 1970, Dance, Electro, Midland international, Silver convention, Silver convention (album), Variété internationale

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