En 1968, le groupe britannique Bonzo Dog Doo-Dah Band signe avec « I'm The Urban Spaceman » l'un des singles les plus étranges de l'histoire du rock anglais : un titre produit en secret par Paul McCartney, sous le pseudonyme « Apollo C. Vermouth ». Sorti en octobre 1968, le disque grimpe jusqu'à la 5ᵉ place des charts britanniques, seul véritable succès commercial du groupe. La fiche disponible chez Ultra Disc n'est pas le 45 tours original, mais une compilation vinyle 33 tours publiée par le label économique Sunset Records, qui reprend ce tube aux côtés d'une dizaine de titres extraits des albums studio du groupe chez Liberty, dans un pressage en état VG+/VG+.
Pourquoi Paul McCartney a-t-il produit ce titre sous un faux nom ?
Fan déclaré du Bonzo Dog Doo-Dah Band, Paul McCartney accepte en 1968 de produire leur single sans que son nom apparaisse sur la pochette. Le groupe, en délicatesse avec son producteur habituel Gerry Bron, s'amuse à lui inventer un pseudonyme sur le vif : quand McCartney demande simplement qu'on le crédite « sous n'importe quel nom », c'est le chanteur Vivian Stanshall qui improvise « Apollo C. Vermouth ». Le nom restera associé au disque pendant des décennies, avant que la paternité de McCartney ne soit officiellement confirmée par les historiens des Beatles.
Comment ce tube absurde a-t-il été enregistré ?
La séance se déroule en quelques heures seulement aux studios Chappell de Londres, durant l'été 1968, avec l'ingénieur du son Gus Dudgeon aux commandes. Le budget serré ne permet pas de finaliser le mixage sur place : Dudgeon doit alors se glisser discrètement dans les studios Decca, où il travaillait auparavant, pour mixer le titre pendant une pause d'une séance des Moody Blues — en notant scrupuleusement la position de chaque potentiomètre pour tout remettre en place ensuite, sans que le groupe ne s'aperçoive de rien. Ce même titre figure en piste 6 de la compilation Sunset proposée par Ultra Disc, aux côtés de sa face B originale « Canyons Of Your Mind », écrite par Vivian Stanshall.
Pourquoi ce single a-t-il valu un prix à Neil Innes ?
Auteur-compositeur du groupe, Neil Innes signe l'écriture de « I'm The Urban Spaceman » et reçoit pour ce titre l'Ivor Novello Award de la meilleure chanson comique de l'année 1968 — la plus haute distinction de l'industrie musicale britannique pour l'écriture de chansons. Le morceau restera la pièce la plus identifiable du répertoire du groupe, y compris pour un public qui ne connaît pas le Bonzo Dog Doo-Dah Band de nom. Innes en imaginera plus tard une version scénique culte : en 1975, il l'interprète seul sur scène pendant qu'une danseuse de claquettes visiblement pas assez répétée s'agite autour de lui, un sketch diffusé dans l'émission Rutland Weekend Television puis repris en 1982 dans le film Monty Python Live at the Hollywood Bowl.
Quel est le lien entre ce groupe et les futurs Monty Python ?
Avant d'enregistrer ce tube avec McCartney, le Bonzo Dog Doo-Dah Band s'était déjà fait connaître comme groupe maison de l'émission télévisée Do Not Adjust Your Set, diffusée sur ITV de décembre 1967 à mai 1969. Ce programme pour la jeunesse, mélange de sketches satiriques et absurdes, réunissait déjà Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin — trois futurs membres de Monty Python's Flying Circus, lancée cinq mois seulement après la fin de Do Not Adjust Your Set. Les historiens de la comédie anglaise citent régulièrement l'esprit surréaliste du groupe comme l'une des influences directes de l'humour Python, bien avant que Neil Innes ne devienne, dans les années 1970, un collaborateur régulier de la troupe. C'est autant dans ce terreau télévisuel que dans les charts que « I'm The Urban Spaceman » a construit sa légende durable.
Que trouve-t-on d'autre sur cette compilation Sunset Records ?
Au-delà du tube-titre, cette réédition économique référencée SLS 50350 rassemble onze morceaux piochés dans les albums studio du groupe chez Liberty : pastiches de jazz traditionnel comme « Hunting Tigers Out In India » ou « Dr. Jazz », reprise décalée du classique d'Halloween « Monster Mash », ballade absurde « Tubas In The Moonlight »... Le label Sunset, filiale économique de Liberty/EMI active dans les années 1970, a permis à plusieurs générations d'auditeurs de découvrir ce catalogue à prix réduit sans passer par les albums originaux, plus chers et plus rares. C'est précisément ce type de pressage économique, aujourd'hui devenu difficile à retrouver en aussi bon état, que propose cette fiche.
Pourquoi ce disque reste-t-il recherché aujourd'hui ?
Le Bonzo Dog Doo-Dah Band n'a jamais connu d'autre tube que celui-ci, ce qui fait de « I'm The Urban Spaceman » à la fois un accident commercial et une pièce de légende pour les amateurs de pop psychédélique et d'humour britanniques des années 1960-1970. L'anecdote McCartney/Apollo C. Vermouth continue d'attirer un public bien plus large que celui des seuls fans du groupe, en particulier du côté des collectionneurs beatlesiens à la recherche de tout enregistrement, même annexe, touché par l'un des quatre membres des Beatles. Ce pressage Sunset en état VG+/VG+ permet d'accéder à cette histoire sans le budget que réclamerait aujourd'hui le 45 tours original de 1968.
Voir si ce disque est disponible
Sources : Wikipedia — I'm the Urban Spaceman, The Paul McCartney Project — Recording "I'm The Urban Spaceman", Wikipedia — Ivor Novello Award, Wikipedia — Do Not Adjust Your Set.





