Muddy Waters - Muddy Mississippi Waters Live - Album CD - Legacy 2003

En janvier 1979, Muddy Waters publie Muddy Mississippi Waters Live, un album live enregistré entre mars 1977 et août 1978 dans deux salles du Midwest américain, avec Johnny Winter à la production et à la guitare. Porté par une formation qui réunit Pinetop Perkins, James Cotton, Bob Margolin et Willie « Big Eyes » Smith, ce disque capture le pionnier du blues électrique de Chicago en pleine renaissance artistique, à plus de soixante ans, après des années d'absence des studios. Il lui vaut un troisième Grammy consécutif dans la catégorie Best Ethnic or Traditional Recording, et confirme qu'un jeune guitariste blanc venu du rock texan a redonné toute sa place à l'un des pères fondateurs du genre.

Pourquoi Muddy Waters avait-il besoin d'un sauveur en 1976 ?

Au milieu des années 1970, la carrière de Muddy Waters s'essouffle. Chess Records, le label qui l'a fait connaître depuis 1947 et où il a forgé le son électrique de Chicago qui influencera toute la scène rock britannique, de Mayall à des groupes qui emprunteront jusqu'à son nom, cesse de publier de nouveaux disques en 1975. En pleine ère disco, Waters se retrouve sans contrat, à un âge où la plupart des musiciens de sa génération ont déjà quitté la scène.

C'est dans ce contexte qu'intervient Johnny Winter. Le guitariste texan, déjà installé comme star du rock blanc, se décrit lui-même comme un fan inconditionnel de Waters depuis l'enfance, et c'est lui qui vient frapper à sa porte pour lui proposer de produire un disque. En octobre 1976, il le signe sur son propre label, Blue Sky Records. Le premier résultat de cette association, Hard Again, est enregistré en trois jours seulement et ramène Waters sur le Billboard 200 pour la première fois depuis 1969.

Comment Johnny Winter a-t-il transformé ce retour en trilogie gagnante ?

Hard Again décroche le Grammy du Best Ethnic or Traditional Recording en 1978. Un an plus tard, Waters enregistre I'm Ready à Westport, dans le Connecticut, avec deux anciens complices retrouvés : le guitariste Jimmy Rogers, qui avait participé à l'enregistrement original de ce titre en 1954, et l'harmoniciste Big Walter Horton. Ce deuxième album rapporte à Waters un deuxième Grammy d'affilée.

Winter ne se contente pas de produire, il joue aussi sur une partie des morceaux, aux côtés d'un noyau de musiciens fidèles : Pinetop Perkins au piano, Willie « Big Eyes » Smith à la batterie, et le bassiste Calvin « Fuzz » Jones. C'est cette même équipe, complétée sur scène par Bob Margolin et James Cotton, qui va enregistrer les concerts qui deviendront Muddy Mississippi Waters Live. Les biographes de l'époque parlent d'une « période dorée et crépusculaire » dans la carrière de Waters, où le vétéran retrouve, aux yeux de la critique comme du public, toute sa puissance scénique.

Où et comment ces concerts ont-ils été enregistrés ?

Les prises s'étalent sur près d'un an et demi, de mars 1977 à août 1978, dans deux salles aux atmosphères radicalement différentes : Harry Hope's, un petit club enfumé de Cary, dans l'Illinois, et le Masonic Auditorium de Détroit, une salle bien plus formelle. Le disque original, publié en janvier 1979, ne retient que sept morceaux pour une durée totale de moins de quarante minutes, mais chacun d'eux déploie le groupe dans ce qu'il fait de mieux : les classiques « Mannish Boy » et « Nine Below Zero » côtoient un « Deep Down in Florida » étiré sur près de dix minutes, et un « Streamline Woman » porté par un long solo de slide guitar qui reste l'un des sommets instrumentaux du disque.

L'ambiance de club se fait sentir jusque dans le mixage final : sur plusieurs titres, la voix d'un spectateur visiblement très en forme ponctue les morceaux de « hoo » et de « yeah » lancés depuis le fond de la salle, un détail que les rééditions successives ont choisi de conserver tel quel. Le critique du Village Voice, Robert Christgau, résume l'esprit du disque d'une formule restée célèbre, saluant la vitalité intacte de ce « boyish man » sur scène malgré les années.

Pourquoi ce live a-t-il valu à Muddy Waters un troisième Grammy consécutif ?

En 1980, Muddy Mississippi Waters Live remporte à son tour le Grammy du Best Ethnic or Traditional Recording, offrant à Waters trois victoires consécutives dans cette catégorie avec Johnny Winter comme producteur, après Hard Again et I'm Ready. Sur l'ensemble de sa carrière, Waters additionnera six Grammys et onze nominations, mais cette séquence de la fin des années 1970 reste la plus spectaculaire : elle transforme un musicien que l'industrie avait abandonné quelques années plus tôt en l'un des artistes les plus récompensés de sa génération, en pleine ère punk et disco où le blues traditionnel n'a plus vraiment sa place dans les charts. Remporter trois années de suite la même catégorie avec trois albums distincts, produits par le même guitariste venu du rock, reste un cas quasiment unique dans l'histoire de cette récompense.

Qu'apporte la réédition Legacy de 2003 ?

En 2003, le label Legacy republie Muddy Mississippi Waters Live sous une forme très différente : un double CD qui ajoute onze prises inédites aux sept titres originaux, documentant beaucoup plus largement ces deux soirées de concert et les deux ambiances si distinctes du club de Cary et de l'auditorium de Détroit. C'est cette édition étoffée, et non le simple disque de 1979, que l'on retrouve aujourd'hui dans le catalogue.

Muddy Waters n'enregistrera plus qu'un seul album après celui-ci, King Bee, en 1981, avant de cesser de se produire sur scène à la fin de cette même année. Il meurt en avril 1983. Les quatre albums produits par Johnny Winter pour Blue Sky Records restent aujourd'hui considérés comme un point d'entrée idéal dans la discographie de Waters, et Muddy Mississippi Waters Live en est sans doute le témoignage le plus vivant : celui d'un artiste capté sur scène alors que presque personne n'attendait plus rien de lui.

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