Sorti le 26 juin 1989 au Royaume-Uni sous le label Music Factory Dance, le maxi 45 tours Swing The Mood de Jive Bunny And The Mastermixers enchaîne en six minutes In The Mood de Glenn Miller et une rafale de standards du rock'n'roll des années 1950, dans un mégamix conçu à l'origine pour les cabines de DJ. Le disque grimpe en tête des charts britanniques et y reste cinq semaines, devenant le deuxième single le plus vendu de l'année 1989 au Royaume-Uni. Derrière la pochette représentant un lapin dessiné en gilet vert se cache un trio improbable, un patron de label de Rotherham, son fils et un DJ de Doncaster, qui enchaînera trois numéros 1 consécutifs dès ses trois premiers singles, un exploit que seuls deux autres artistes avaient accompli avant lui au Royaume-Uni.
Qui a inventé le lapin le plus improbable des charts britanniques ?
Tout part d'un outil professionnel, pas d'un projet artistique. Les Hemstock, DJ et producteur basé à Doncaster, met au point le montage original de ce qui deviendra Swing The Mood pour Mastermix, le service d'abonnement destiné aux disc-jockeys que dirige John Pickles à Rotherham. Ce dernier, avec son fils Andy, décide de transformer ce montage pensé pour les platines de club en single commercial. C'est Andy Pickles qui invente le nom « Jive Bunny » et imagine le personnage du lapin dessiné qui habillera les pochettes et les clips, tandis que son père reste en coulisses : propriétaire du label et manager de l'opération, mais jamais membre du groupe à proprement parler. Ian Morgan coproduit et réalise les premiers mixages aux côtés d'Andy Pickles, avant d'être remplacé au début des années 1990 par Mark « The Hitman » Smith.
Comment ce patchwork de vieux tubes a-t-il été assemblé ?
La technique derrière Swing The Mood tient du collage sonore. Autour du thème In The Mood de Glenn Miller, complété par des extraits de Pennsylvania 6-5000 et American Patrol, le mix enchaîne Let's Twist Again de Chubby Checker, Rock Around The Clock, Rock-A-Beatin' Boogie et Shake, Rattle and Roll de Bill Haley and His Comets, Tutti Frutti de Little Richard, Wake Up Little Susie des Everly Brothers, C'mon Everybody d'Eddie Cochran, trois extraits d'Elvis Presley (Hound Dog, All Shook Up, Jailhouse Rock) et At The Hop de Danny and the Juniors. De courts silences de deux secondes séparent chaque sample : un espace laissé volontairement par Jive Bunny pour y greffer ses propres transitions, de quoi distinguer le disque d'une simple compilation attribuée à des « artistes divers ».
Pourquoi ce mégamix a-t-il cartonné dans le monde entier ?
Le succès dépasse largement les frontières britanniques. Swing The Mood atteint la première place des classements dans treize autres pays, parmi lesquels l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, l'Irlande, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l'Espagne et l'Allemagne de l'Ouest. Aux États-Unis, le titre se contente d'une 11e place au Billboard Hot 100 mais grimpe au 7e rang du classement des ventes de maxis. Il est certifié disque de platine au Royaume-Uni, en Australie et au Canada, et disque d'or aux États-Unis, en France et en Nouvelle-Zélande (source). Porté par cet élan, le groupe enchaîne deux autres numéros 1 britanniques avec That's What I Like puis Let's Party, devenant ainsi le troisième acte de l'histoire des charts du Royaume-Uni à atteindre la tête du classement dès ses trois premiers singles, après Gerry and the Pacemakers et Frankie Goes to Hollywood. Dans la foulée, l'album qui regroupe ces mégamixes, Jive Bunny: The Album, grimpe lui aussi dans le top 10 britannique et finit certifié triple disque de platine au Royaume-Uni, double platine en Australie et triple platine au Canada, en plus d'un disque d'or aux États-Unis. Le groupe enchaînera au total onze entrées dans les charts britanniques entre juillet 1989 et novembre 1991, un rythme de sortie effréné pour un projet initialement pensé comme un simple outil de DJ.
Tous les succès signés Jive Bunny ne figurent toutefois pas dans la discographie officielle. En 1989, un single caritatif intitulé It Takes Two, Baby, enregistré pour l'opération Children in Need, est crédité au groupe mais ne dépasse pas la 53e place des classements : l'Official Charts Company ne le compte pas parmi les sorties de Jive Bunny, même si certains ouvrages de référence du début des années 2000 l'ont parfois inclus par erreur.
Quels problèmes de droits d'auteur ont compliqué le succès ?
Un mégamix construit entièrement sur des enregistrements existants ne pouvait pas échapper aux questions de droits. Les versions européennes d'origine utilisent les enregistrements originaux des artistes samplés, mais des blocages juridiques empêchent leur réutilisation aux États-Unis : les éditions américaines doivent se contenter de nouvelles versions réenregistrées par des interprètes comme Bill Haley ou Del Shannon, des copies que la critique américaine raille ouvertement sans que cela n'empêche le disque de devenir un tube. Certaines rééditions ultérieures du catalogue Jive Bunny iront plus loin en remplaçant carrément des voix originales, dont celle de Bill Haley, par des sosies vocaux. Roy Wood doit lui-même réenregistrer sa propre partie de Wizzard pour que certaines radios, privées de l'autorisation d'utiliser l'original, puissent diffuser Let's Party. Plus tard encore, un remix de ce même titre retire purement la contribution de Gary Glitter après ses condamnations, remplacée par All I Want for Christmas Is You de Mariah Carey.
Que reste-t-il de l'aventure Jive Bunny aujourd'hui ?
L'histoire a pris un tournant en septembre 2026 : John Pickles, à l'origine du label Mastermix et de toute l'aventure Jive Bunny, est mort à 84 ans. Mastermix l'a salué comme un véritable pionnier de l'industrie musicale, tandis que sa famille a évoqué un entrepreneur et un auteur-compositeur talentueux (source). Le concept qu'il a lancé à Rotherham n'a pourtant jamais vraiment disparu : en décembre 2024, Mastermix publiait encore une nouvelle production signée Jive Bunny, intitulée 3, 6, 9, trente-cinq ans après le carton inattendu d'un mégamix pensé pour de simples platines de club (source). Si tu veux retrouver ce pan de l'histoire des charts britanniques, le maxi original de Swing The Mood de 1989 vaut aujourd'hui le détour.





