The Rembrandts - album éponyme 33 tours ATCO 1990

Le 4 septembre 1990, le label ATCO publie The Rembrandts, premier album éponyme du duo californien formé par Danny Wilde et Phil Solem. Porté par le single "Just the Way It Is, Baby", ce disque de pop rock aux guitares jangle grimpe jusqu'à la 14e place du Billboard Hot 100 et conquiert plusieurs charts européens. Ce que personne ne sait encore en 1990, c'est que ces deux musiciens vont, cinq ans plus tard, composer sans le vouloir l'un des génériques les plus fredonnés de l'histoire de la télévision.

Avant Friends, il y a donc ce premier album enregistré presque en famille, dans le garage personnel de Danny Wilde, par un duo qui se connaît depuis près de dix ans et qui a déjà connu l'échec ensemble. L'histoire de ce disque est celle d'une deuxième chance, et d'une chanson née d'une coïncidence si improbable qu'elle mériterait sa propre sitcom.

Qui sont Danny Wilde et Phil Solem avant de former le duo ?

Danny Wilde et Phil Solem se connaissent depuis 1981, année où ils forment ensemble Great Buildings, un groupe de power pop qui sort un unique album chez Columbia avant de se séparer faute de succès, malgré des critiques plutôt favorables à l'époque. Wilde avait auparavant été membre fondateur de The Quick, groupe power pop de Los Angeles resté culte plus qu'à succès, davantage salué aujourd'hui pour son influence que pour ses ventes de disques.

Après Great Buildings, Wilde poursuit seul : trois albums solo entre 1986 et 1989, portés par quelques singles pop mineurs, dont un titre repris sur une bande originale de film en 1989. Le troisième de ces albums ne reçoit presque aucun soutien promotionnel de son label, qui le lâche peu après. C'est dans ce contexte d'échec commercial que Wilde retrouve Phil Solem à la fin des années 1980 pour fonder The Rembrandts, cette fois bien décidés à tout maîtriser eux-mêmes.

Comment cet album a-t-il été enregistré dans un garage ?

Plutôt que de confier leur nouveau projet à un producteur extérieur, Wilde et Solem enregistrent, produisent et mixent eux-mêmes l'intégralité de l'album entre 1989 et 1990, dans un studio personnel surnommé "Dan's Garage". Seul le mastering, confié à Stephen Marcussen, est réalisé à l'extérieur. Le résultat, treize titres pour un peu moins de 44 minutes, s'inscrit dans la veine jangle pop héritée des Byrds et de la power pop californienne, avec des harmonies vocales très travaillées entre les deux chanteurs.

L'album inclut aussi une reprise remarquée de "Everyday People" de Sly and the Family Stone, clin d'œil assumé à leurs influences des années 1960. Publié chez ATCO sous la référence 7567-91412-1, ce disque se classe modestement à la 88e place du Billboard 200 mais grimpe jusqu'à la 12e place en Allemagne, un signe avant-coureur du succès européen à venir.

Quelle est l'histoire secrète derrière "Just the Way It Is, Baby" ?

Le premier single de l'album naît d'une séance d'écriture éclair : Wilde et Solem composent l'essentiel de la mélodie en deux heures et demie, avant de peaufiner les paroles pendant deux semaines. Mais c'est surtout l'origine du titre qui donne à la chanson sa saveur particulière. Des années plus tôt, en 1979, les deux musiciens fréquentaient chacun, à leur insu, la même femme prénommée Leah. Le hasard les fait se croiser dans un magasin de chaussures, où ils lancent simultanément "Salut Leah" en la voyant, avant de comprendre ce qui se joue.

Cette anecdote, que Wilde racontera lui-même dans une interview, éclaire le sens du titre : une histoire à laquelle les deux hommes pouvaient se référer personnellement, celle d'une coïncidence qu'on choisit d'en rire plutôt que de la fuir. La chanson gagne aussi en visibilité grâce à deux passages remarqués dans la série Beverly Hills, 90210 entre 1990 et 1991, à une époque où la bande-son d'une série pouvait encore lancer un tube.

Comment ce single a-t-il conquis les charts européens ?

"Just the Way It Is, Baby" met du temps à décoller aux États-Unis : entré dans le Hot 100 à la 89e place la semaine du 9 février 1991, il grimpe lentement pendant dix-neuf semaines avant de culminer au 14e rang le 27 avril 1991. En Europe, l'accueil est nettement plus rapide et plus enthousiaste : le titre atteint le top 10 en France (9e place), en Autriche (9e place) et en Allemagne (6e place), tout en se classant également au Canada (12e place) et en Australie (26e place).

Ce succès européen, plus marqué qu'aux États-Unis, dessine déjà le profil d'un groupe dont la popularité tient beaucoup aux radios et aux charts du Vieux Continent, un public qui restera fidèle au duo bien après leur heure de gloire américaine. Trois autres singles suivront entre 1990 et 1991, "Someone", "Burning Timber" et "Save Me", sans retrouver l'écho du premier extrait.

Que reste-t-il de ce disque, cinq ans avant le phénomène Friends ?

À sa sortie, la critique reste tiède : AllMusic n'accorde que 2,5 étoiles sur 5 à ce premier essai, jugement sévère pour un disque qui pose pourtant les bases d'un style que le duo affinera sur l'album suivant, Untitled, sorti en 1992 et porté par "Rollin' Down the Hill", plus tard intégré à la bande originale du film Dumb and Dumber.

Mais c'est en 1994 que tout bascule : sollicités pour composer le générique d'une nouvelle sitcom NBC encore inconnue, Wilde et Solem écrivent "I'll Be There for You". Diffusée en boucle à la radio avant même sa sortie officielle en single, la chanson devient un phénomène quand Friends explose à son tour, portant le titre jusqu'à la 17e place américaine en 1995 puis au sommet des charts britanniques en 1997. Le duo connaîtra ensuite une trajectoire en dents de scie, séparation en 1997 puis reformation en 2000, mais restera pour toujours associé à ce générique de trois minutes, bien plus qu'à ses propres albums.

Écouté aujourd'hui, ce premier album éponyme des Rembrandts prend un tout autre relief : celui d'un groupe qui n'avait encore rien à voir avec une bande-son de sitcom, mais qui portait déjà, dans ses harmonies vocales soignées et ses guitares claires, la marque de fabrique qui allait bientôt rendre leur nom mondialement célèbre. Un pressing qui raconte le duo avant la gloire, quand la musique se faisait encore dans un garage.

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