Frankie Goes To Hollywood - Two Tribes - Maxi 45 tours - ZTT 1984

Frankie Goes to Hollywood publie « Two Tribes » le 4 juin 1984 chez ZTT Records, sous la forme d'un Maxi 45 tours pressé en Allemagne. Le titre entre directement à la première place du classement britannique et n'en bougera pas pendant neuf semaines consécutives, un record pour toute la décennie 1980. Derrière ce tube de dancefloor se cache une charge frontale contre la course aux armements de la Guerre froide, portée par une production tentaculaire de Trevor Horn et un clip qui a marqué toute une génération.

Ce Maxi 45 tours n'est pas un simple format promotionnel : il réunit deux pistes qui racontent, à elles seules, l'ambition démesurée du projet ZTT. En face A, le mix « Annihilation », en face B, le medley « Surrender » qui enchaîne trois morceaux différents. Retour sur l'histoire d'un single qui a transformé l'angoisse nucléaire en phénomène de charts.

Pourquoi Frankie Goes to Hollywood s'attaque-t-il à la Guerre froide en 1984 ?

En 1984, les tensions entre les deux blocs sont à leur paroxysme. Ronald Reagan occupe la Maison Blanche et Konstantin Chernenko vient de prendre la tête de l'URSS, deux figures qui incarnent alors l'antagonisme Est-Ouest aux yeux du monde entier. C'est dans ce climat que le groupe de Liverpool choisit de transformer la course aux armements en métaphore sportive : les deux superpuissances y sont représentées comme deux lutteurs qui s'affrontent sur un ring, une manière de souligner l'absurdité du bras de fer nucléaire plutôt que de le dénoncer frontalement.

Les paroles ne cachent pas leur angoisse : « We got the bomb, we got the bomb » revient comme une litanie, tandis que le groupe interroge aussi sa propre époque avec la ligne « Are we livin' in a land where sex and horror are the new gods? ». Le titre lui-même viendrait d'une phrase du film Mad Max 2, « two mighty warrior tribes went to war », détournée pour coller au climat géopolitique du moment. Le morceau ne sort d'ailleurs pas de nulle part : le groupe l'avait déjà interprété deux ans plus tôt, en octobre 1982, lors d'une session pour John Peel sur BBC Radio 1, bien avant que ZTT ne le transforme en machine de guerre pop.

Comment Trevor Horn a-t-il construit ce monument sonore ?

C'est Trevor Horn, déjà aux commandes du single précédent « Relax », qui retravaille entièrement le morceau aux studios Sarm West et Producer's Workshop, à Londres. Il y superpose une ligne de basse funk américaine et des motifs inspirés de la musique classique russe, une opposition sonore qui reflète le duel évoqué par le titre. Stephen Lipson, l'ingénieur qui travaille alors à ses côtés, doutait pourtant du potentiel du morceau à l'origine, jugeant qu'il n'y avait « pas grand-chose » dans la chanson brute avant que Horn ne s'y attelle.

Le producteur multiplie ensuite les versions : pas moins de six mixes différents circulent à l'époque, du célèbre « Annihilation » à « Carnage », en passant par « Hibakusha » ou « We Don't Want to Die ». Sur certains pressages 12 pouces, l'acteur Chris Barrie, qui deviendra plus tard une star de la série culte Red Dwarf, imite la voix de Reagan, tandis que l'acteur Patrick Allen récite des extraits des films d'information britanniques « Protect and Survive », destinés à l'origine à préparer la population civile à une attaque nucléaire. Ce travail de studio acharné vaudra à Holly Johnson, Mark O'Toole et Peter Gill l'Ivor Novello Award de la chanson de l'année en 1984.

Pourquoi le clip de Godley & Creme a-t-il autant choqué ?

Le clip signé Lol Creme et Kevin Godley met en scène un combat de catch sans retenue entre des sosies de Ronald Reagan et Konstantin Chernenko, sous le commentaire mi-amusé mi-inquiétant de Holly Johnson. L'affrontement dégénère jusqu'à l'explosion complète de la planète. Sur le tournage, l'équipe scandait « Kill! Kill! Kill! » pour pousser les acteurs à l'intensité recherchée, et certains passages jugés trop violents, comme un coup d'oreille mordue, ont été coupés des diffusions MTV.

La pochette du single accompagne cette imagerie provocatrice : une fresque soviétique représentant Lénine à Saint-Pétersbourg, associée à des portraits de Reagan et Margaret Thatcher. ZTT pousse la mise en scène jusqu'au bout en habillant les membres du groupe en uniformes militaires américains et soviétiques pour la promotion, brouillant volontairement la frontière entre imagerie de guerre froide et coup marketing pop. C'est cette agressivité visuelle, déjà rodée quelques mois plus tôt avec le single « Relax », qui installe durablement Frankie Goes to Hollywood comme le groupe le plus commenté de l'année 1984 au Royaume-Uni.

Quel record « Two Tribes » a-t-il battu au Royaume-Uni ?

Le single reste numéro un du UK Singles Chart du 10 juin au 12 août 1984, soit neuf semaines consécutives, un règne qui reste le plus long de toute la décennie au Royaume-Uni. Pendant une partie de cette période, Frankie Goes to Hollywood réalise même l'exploit d'occuper simultanément les deux premières places du classement : « Two Tribes » trône en tête pendant que « Relax », leur single précédent, remonte jusqu'à la deuxième place grâce à l'effet d'entraînement. Seuls les Beatles, John Lennon et John Travolta avaient réussi une performance comparable avant eux.

Au total, Two Tribes s'est écoulé à plus de 1,58 million d'exemplaires au Royaume-Uni, un chiffre confirmé encore des décennies plus tard puisqu'il figurait toujours parmi les trente singles les plus vendus du pays en 2022. Aux États-Unis en revanche, le morceau ne dépasse pas la 43e place du Billboard Hot 100, le message anti-guerre froide et l'imagerie satirique du clip trouvant un écho bien plus limité outre-Atlantique. Cet écart entre les deux marchés en dit long sur la manière dont la chanson est restée, avant tout, un phénomène profondément britannique.

Que contient ce pressage Maxi 45 tours allemand de 1984 ?

L'exemplaire proposé ici correspond à l'édition ouest-allemande sortie chez ZTT Records / Island, sous la référence catalogue 601 325-213 (LC 0407). Le mix « Annihilation », qui ouvre la face A sur près de neuf minutes, s'impose comme l'une des relectures les plus abouties du morceau, débutant par une sirène d'alerte aérienne qui installe immédiatement le climat anxiogène du titre. La face B propose le medley « Surrender », qui enchaîne « War (Hide Yourself) », la version courte de « Two Tribes » puis l'instrumental « One February Friday (Brothers And Sisters) », une manière pour ZTT de prolonger l'expérience sonore bien au-delà du format radio classique.

Posséder ce Maxi 45 tours d'époque, c'est tenir entre les mains l'objet central d'un des moments les plus spectaculaires de la pop britannique des années 1980, celui où un groupe encore inconnu un an plus tôt a réussi à transformer l'angoisse de la guerre nucléaire en tube planétaire, au point de dominer les charts pendant tout un été.

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