Sorti le 3 juillet 2001 sur le label indépendant Sympathy for the Record Industry, puis repris par XL Recordings pour une diffusion internationale incluant cette édition française distribuée par Virgin/Delabel, White Blood Cells est le troisième album du duo américain The White Stripes, Jack et Meg White. Enregistré en trois jours à Memphis pour environ 5000 dollars, sans basse, sans solo de guitare et sans reprise, ce disque volontairement brut est devenu l'étincelle du renouveau garage rock des années 2000, propulsant un duo jusque-là confidentiel de Detroit au rang de phénomène mondial.
Le disque s'ouvre sur une pochette rouge, blanche et noire qui deviendra la signature visuelle du groupe, et se referme sur une dédicace énigmatique à une légende de la country que personne, à l'époque, n'imaginait croiser la route d'un duo de rock de Detroit. Entre un clip tourné en briques Lego, un mariage secret révélé au pire moment possible et une tracklist enregistrée sur une seule bande recyclée, l'histoire de ce disque est aussi accidentée que son son est minimal.
Comment un disque enregistré en trois jours a-t-il changé le son des années 2000 ?
Fin février 2001, après environ une semaine de répétitions, Jack et Meg White s'installent aux Easley-McCain Recording Studios de Memphis. Il leur faut trois jours, en sessions de douze à treize heures, pour boucler les seize titres de White Blood Cells : leur toute première expérience d'enregistrement sur une bande 24 pistes, utilisée jusqu'au bout pour les douze premiers morceaux avant d'être rembobinée pour les titres restants, par souci d'économie autant que de méthode.
Jack White, qui produit lui-même l'album avec Stuart Sikes à la prise de son et au mixage, revendique un son délibérément rugueux : guitare, batterie, voix et quelques touches de piano, rien d'autre. Le groupe avait d'abord envisagé un double album avant de resserrer le format, pour préserver cette tension qu'il recherchait et éviter, selon les mots de Jack White, que le disque ne sonne trop propre.
Pourquoi Jack White a-t-il dédié ce disque à Loretta Lynn ?
Sur la pochette intérieure, une ligne discrète dédie l'album à Loretta Lynn, icône de la country que Jack White espérait rencontrer depuis des années. La chanteuse n'apprend l'existence de cette dédicace que plus d'un an après la sortie du disque, par l'intermédiaire de sa fille Patsy Lynn. Le geste scelle une amitié inattendue : Loretta Lynn invite le duo à sa ferme du Tennessee, et la relation débouche en 2004 sur l'album Van Lear Rose, entièrement produit par Jack White, qui remportera le Grammy Award du meilleur album country l'année suivante.
Frère et sœur ou mari et femme ? Le mystère Jack et Meg White
Au moment de la sortie de White Blood Cells, Jack et Meg White se présentent au monde comme frère et sœur, une histoire que personne ne remet vraiment en question à Detroit : même nom de famille, un air de famille suffisant, et surtout l'intérêt de détourner l'attention du public vers la musique plutôt que vers leur couple. La réalité est différente : les deux musiciens se sont mariés le 21 septembre 1996 et ont divorcé en 2000, un an avant la sortie de l'album qui allait les rendre célèbres dans le monde entier.
Quand le certificat de mariage refait surface en pleine ascension du groupe, Jack White ne corrige pas vraiment le récit. Interrogé par le magazine Spin en 2002, il balaie la question d'un trait d'humour, affirmant n'avoir vu aucune signature sur ce document, et explique que le mythe du duo fraternel permettait au public de se concentrer sur la musique plutôt que sur la vie privée du couple, qui continuait pourtant de vivre sous le même toit, dans une maison achetée aux parents de Jack.
Comment un clip en briques Lego a-t-il propulsé le groupe au sommet ?
Le single "Fell In Love With A Girl", extrait de White Blood Cells et sorti en janvier 2002, doit une large part de son rayonnement à son clip. Le réalisateur Michel Gondry, inspiré par la pochette de l'album Three Imaginary Boys de The Cure et par le code couleur rouge, blanc et noir du groupe, imagine de recréer Jack et Meg White entièrement en briques Lego animées image par image. Quinze animateurs travaillent six semaines sur ce clip, qui sera récompensé à trois reprises aux MTV Video Music Awards 2002 et sera réutilisé bien plus tard dans le film oscarisé Silver Linings Playbook.
Quel héritage pour ce pressage qui a lancé le revival garage rock ?
Porté par les singles "Hotel Yorba", "Fell In Love With A Girl" et "Dead Leaves And The Dirty Ground", White Blood Cells s'installe durablement dans les classements des deux côtés de l'Atlantique, certifié disque de platine aux États-Unis avec plus d'un million d'exemplaires vendus, et disque de platine également au Royaume-Uni. Son ascension est pourtant lente et progressive : entré au Royaume-Uni à la 55e place en août 2001 pour y rester 39 semaines, l'album ne débarque sur le Billboard 200 américain qu'en mars 2002, à la 185e place, avant de culminer à la 61e place le mois suivant et de s'y maintenir 53 semaines, le temps que le bouche-à-oreille et le clip en Lego fassent leur effet. La presse spécialisée l'accueille quant à elle avec un enthousiasme quasi immédiat et unanime, Metacritic agrégeant un score de 86 sur 100 à partir de seize critiques.
Avec le recul, l'album est devenu une référence absolue de son époque : classé meilleur disque des années 2000 par The A.V. Club, placé en tête du classement des 150 plus grands albums du XXIe siècle établi par le magazine Uncut, et intégré à la liste des 200 albums définitifs du Rock and Roll Hall of Fame. The White Stripes, groupe jusque-là confiné aux clubs de Detroit, devient en l'espace de ce disque enregistré pour 5000 dollars l'un des visages du renouveau rock des années 2000, aux côtés des Strokes ou de Yeah Yeah Yeahs.
De ce disque pensé pour sonner imparfait et tendu, il ne reste aujourd'hui qu'une poignée de pressages originaux, comme ce CD édité en 2001 et distribué en France par Virgin/Delabel. Une pièce qui raconte, mieux qu'aucune interview, comment un duo de Detroit, entre mensonge assumé et dédicace sincère, a changé le son d'une décennie.
Sources : Wikipedia (White Blood Cells), Ultimate Classic Rock, American Songwriter.





